La Marine nationale a récemment mené un exercice d'importance capitale, combinant le test d'une nouvelle torpille lourde F-21 et le démantèlement d'un ancien navire de guerre. Cet événement, bien que spectaculaire, soulève des questions sur la nécessité de tels exercices et leur impact environnemental, tout en soulignant l'évolution des enjeux stratégiques et technologiques de la marine française.
Le Dernier Voyage du Premier-Maître L'Her
Le 14 décembre, l'ancien aviso Premier-Maître L'Her, un navire de la classe D'Estienne d'Orves en service de 1981 à 2024, a connu une fin abrupte. Remorqué depuis sa base de Brest par le BASM Rhône, il a été utilisé comme cible pour un tir d'expérimentation de la torpille lourde F-21, lancée par un sous-marin nucléaire d'attaque (SNA). La Marine nationale a confirmé que la coque du navire a été brisée en deux par la déflagration, avant de sombrer à plus de 4000 mètres de fond. Les images fournies par la Marine nationale montrent clairement la violence de l'explosion, caractéristique d'un tir de torpille par dislocation.
La Torpille F-21 : Une Arme de Nouvelle Génération
La torpille F-21, issue du programme Artémis, est conçue pour équiper les SNA de classes Rubis et Suffren, ainsi que les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE). Cette arme de nouvelle génération est capable de détruire les menaces de surface et sous-marines. D'une longueur de 6 mètres et d'un diamètre de 533 mm, la F21 pèse 1,3 tonne. Elle est conçue pour le combat en haute mer et en zones littorales. Elle peut atteindre 50 nœuds et plonger à plus de 500 mètres, tout en étant capable d'évoluer dans des fonds de moins de 10 mètres.
La F21 est reliée au sous-marin par une fibre optique et dispose d'un système d'autoguidage acoustique lui permettant de suivre son objectif de manière autonome, même en cas de rupture du filoguidage. Elle est également conçue pour déjouer les contre-mesures adverses. Sa grande autonomie, d'environ 1 heure, est assurée par des piles thermiques à oxyde d'argent et aluminium qui produisent une énergie importante.
Un Exercice Essentiel pour la Marine Nationale
Cet exercice est loin d'être anodin pour la Marine nationale. Le dernier tir réel contre un navire de surface remontait à 2004, lorsque le bâtiment de transport léger (BATRAL) Champlain avait été coulé au large de la Martinique. Selon la Marine, ce nouveau tir « s’approche au plus près du réel, et apporte des enseignements humains et opérationnels sans précédents ».
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L'objectif principal de cet exercice était de valider en conditions réelles les capacités de la F21, une torpille de nouvelle génération. Bien que la F21 ait été mise en service en 2022, elle n'avait été employée que sur des cibles non représentatives jusqu'à présent. Cet exercice a permis de tester la torpille dans un scénario réaliste, impliquant la destruction d'un véritable bâtiment de combat avec une charge explosive réelle.
Dans le contexte géostratégique actuel, marqué par un durcissement des tensions internationales, il est essentiel pour la Marine nationale de s'assurer que ses nouvelles armes conventionnelles fonctionnent parfaitement. Les militaires veulent avoir la certitude que leurs armes sont opérationnelles dans la réalité, et pas uniquement en simulation. Ce tir de F21 constitue également un message adressé par la France à ses compétiteurs stratégiques, notamment la Russie.
Les Avisos de la Classe D'Estienne d'Orves : Une Page d'Histoire se Tourne
Le « naufrage » du Premier-Maître L'Her symbolise aussi le retrait progressif des avisos de la classe D’Estienne d’Orves, qui ont marqué l’histoire de la Marine nationale pendant un demi-siècle. L’unité tête de classe a été mise en service en 1976, et cinq (sur les 17 construits pour la Royale) sont encore en service (depuis plus de 40 ans !). Ces navires rustiques et endurants de 1200 tonnes, basés à Toulon et à Brest, ont été « bricolés » au fil des ans, au point qu’aucun n’est véritablement identique aux autres. Dès 2011, allégés d’une partie de leurs armements, ils ont été « requalifiés » en patrouilleurs hauturiers.
Douzième des dix-sept anciens avisos français du type A69, le Premier-maitre L’Her, entré en flotte en décembre 1981, a été mis en retraite en juillet dernier. Long de 80.5 mètres pour une largeur de 10.3 mètres, ce bâtiment, dont le déplacement à pleine charge atteignait 1300 tonnes, pouvait atteindre la vitesse de 23 nœuds et était armé par 85 marins.
Dans son rôle initial d’aviso, il était équipé de quatre missiles antinavire Exocet MM40, quatre tubes lance-torpilles, un lance-roquettes anti-sous-marin, une tourelle de 100 mm, deux canons de 20 mm et des mitrailleuses. Dans les années 90, le lance-roquettes sextuple de 375 mm avait été débarqué et remplacé par un système de communication par satellite Syracuse, sa soute étant réaménagée pour accueillir une dizaine de commandos.
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Les cinq derniers PHM encore en activité, le Commandant Blaison (1982) et l’Enseigne de Vaisseau Jacoubet (1982) à Brest, ainsi que le Commandant Ducuing (1983), le Commandant Birot (1984) et le Commandant Bouan (1984) à Toulon, doivent être retirés du service entre 2025 et 2027.
Impact Environnemental et Conformité aux Accords Internationaux
La destruction d'un navire en mer soulève des questions environnementales. La France est signataire de la convention internationale pour la protection du milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est (OSPAR), qui interdit l’immersion de navires. La France ne l’a appliquée immédiatement, le décret portant publication de cette convention n’étant signé qu’en août 2000, fixant l’échéance pour cesser les immersions de navires et d’aéronefs dans les eaux françaises au 31 décembre 2004.
La Marine nationale assure que le tir d’expérimentation ne présente aucun danger pour l’environnement et qu'une « étude a été conduite par le bureau juridique du ministère des Armées pour s’assurer que l’on ne contrevient pas aux accords signés ». Avant son ultime voyage, l’ex-Premier-maître L’Her a été préparé, avec le vidage de ses fluides et le débarquement de nombreux matériels, conformément aux procédures de dépollution appliquées pour les coques partant à la déconstruction.
La France et l'Interception de Menaces Aériennes : L'Exemple des Missiles Aster
Parallèlement à cet exercice naval, la Marine nationale a également démontré ses capacités en matière de défense aérienne. En octobre 2025, la frégate de défense aérienne (FDA) Forbin a réalisé avec succès un tir de missile antiaérien français Aster 30 contre une bombe A2SM (armement air-sol modulaire) tirée depuis un Rafale Marine.
Ce type de tir entraîne les équipages à faire face à des situations de haute intensité susceptibles d’être rencontrées par les bâtiments de combat de la Marine nationale en opération. En l’occurrence, le Forbin a neutralisé de manière très largement automatisée une menace aérienne véloce et présentant une faible signature radar, en l’espèce une bombe A2SM. Ce type d’interception est rendu possible par le système PAAMS (Principal Anti Air Missile System).
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Les missiles Aster équipent les frégates multimissions, les frégates de défense aérienne, les frégates de défense et d’intervention ainsi que le porte-avions Charles de Gaulle. Ils sont spécialement conçus pour détruire des aéronefs et missiles assaillants.
