La violence par arme à feu est un problème complexe et multiforme qui touche de nombreux pays à travers le monde. Cet article vise à fournir une analyse approfondie des statistiques relatives à la violence par arme à feu, en mettant en évidence les tendances, les facteurs contributifs et les efforts déployés pour lutter contre ce fléau.
La violence conjugale et les armes à feu en France
En France, un tiers des féminicides conjugaux sont perpétrés par arme à feu, et dans un cas sur deux, l’homme n’avait aucune raison évidente de posséder cette arme. Tuer sa compagne par arme à feu reste un mode opératoire courant. Malgré le renforcement de l’arsenal législatif, les violences conjugales ne donnent pas encore lieu à des perquisitions ou à des saisies systématiques.
L'affaire d'Angélique Clere, tuée par son ex-compagnon malgré les plaintes déposées, illustre tragiquement ce problème. Le 11 juin 2021, Angélique Clere, une vendeuse à domicile de 32 ans, a été tuée par son ex-compagnon, Kevin P., à Monéteau, près d'Auxerre. Il l'a abattue avec un fusil de chasse calibre 12 alors qu'elle installait son fils de deux ans dans sa voiture. Angélique avait déposé quatre plaintes contre lui au cours des deux dernières années, mais ses armes n'ont jamais été confisquées.
Ce cas met en lumière les lacunes du système de protection des victimes de violences conjugales, malgré l'existence d'une grille d'évaluation du danger diffusée par la circulaire du 28 janvier 2020, qui comprend une question sur la possession d'armes à feu par le partenaire violent.
Les féminicides conjugaux et l'origine des armes
Une base de données inédite a été créée pour retracer l’origine des armes utilisées lors des féminicides et montre qu’elles sont souvent liées au monde de la ruralité. Les années records sont 2019 et 2021, avec respectivement 47 et 40 féminicides conjugaux perpétrés par arme à feu.
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Lors des procès, la défense avance très souvent la thèse du tir par accident. Mais la plupart du temps, il n’y a pas de procès : 69 % des hommes se suicident à l’issue du passage à l’acte, entraînant la clôture de l’action publique. Selon nos données, une moitié des hommes n’avaient aucune raison évidente de posséder une arme à feu, n’étant ni chasseur, ni membre des forces de sécurité, ni tireur sportif.
Dans l’ensemble, les armes semblent davantage provenir d’une opportunité transmise par le bouche-à-oreille que du « grand banditisme ». Certaines sources nous ont raconté que le suspect s’était procuré l’arme par le réseau des connaissances, parfois le voisinage, sous des prétextes divers ; mais aussi sur Internet, via les réseaux sociaux ou des sites comme marche.fr. L’autre cas de figure typique, c’est l’héritage familial ou l’acquisition à une époque où la législation était plus souple. Ce que les autorités recouvrent sous l’étiquette, un peu fourre-tout « d’armes de grenier », des fusils ou des carabines - parfois des antiquités, héritées des aïeux - qui reposent dans les foyers, jusqu’à devenir des armes « d’opportunité » quand le schéma criminel se concrétise.
L’Union française des amateurs d’armes estime qu’entre 5 et 10 millions d’armes civiles sont détenues illégalement.
Le système de classification des armes à feu en France
Le système de classification des armes à feu en France est divisé en quatre catégories principales :
- Catégorie A : Armes de guerre, interdites aux particuliers.
- Catégorie B : Soumises à autorisation, armes de poing et certaines d’épaule, pour des professionnels (forces de sécurité intérieure ou convoyeurs de fonds par exemple) et des tireurs sportifs. L’autorisation s’obtient auprès de la préfecture, suivant une procédure encadrée, nécessitant de fournir un certificat médical et de justifier d’un an de pratique dans un club de tir.
- Catégorie C : Soumises à déclaration : armes à verrou, à air comprimé, etc. Cela concerne certains tireurs sportifs et les chasseurs licenciés. Cette catégorie apparaît le plus dans notre base de données.
- Catégorie D : Armes de collection et historiques, en vente libre. Ce sont essentiellement des armes dont les systèmes d’alimentation sont obsolètes.
Selon les données de la Délégation aux victimes (DAV), dans deux cas sur cinq, les armes utilisées par un conjoint ou un ex-conjoint pour tuer n’étaient ni déclarées ni détenues légalement. La part d’armes non déclarées a décru ces dernières années, passant de 36 % des féminicides conjugaux en 2019 à 21 % de ces crimes en 2022, peut-être grâce à la campagne nationale d’abandon de ces armes, orchestrée du 25 novembre au 2 décembre 2022, par le ministère de l’Intérieur. Quelque 150 000 armes ont été déposées dans les gendarmeries et les commissariats par des particuliers qui en avaient souvent hérité sans trop savoir comment les conserver.
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La criminalité en France en 2024
Le Service des Statistiques du ministère de l’Intérieur (SSMI) vient de communiquer les statistiques de la délinquance pour 2024. La rubrique « homicides réalisés » comptabilise, pour l’année 2024, un total de 980 faits. On en avait comptabilisé 816 en 2020, 881 en 2021, 959 en 2022 et 1010 en 2023. Si la progression a donc été stoppée en 2024, le chiffre global reste important, puisque environ trois homicides sont désormais commis chaque jour en France. Les viols (intégrés ci-dessus dans la rubrique « violences sexuelles », en augmentation de 7%) ont connu une progression importante de 9%.
Les règlements de compte entre narcotrafiquants à Marseille ont marqué le pas en 2024, puisqu’on n’a enregistré « que » 24 morts contre 49 l’année précédente.
La violence par arme à feu aux États-Unis
La violence par arme à feu est un problème de santé publique majeur aux États-Unis, avec des conséquences dévastatrices pour les individus, les familles et les communautés.
Statistiques générales
Depuis le début de l’année 2022, au moins 17 199 personnes sont mortes par arme à feu, selon l’organisation Gun Violence Archive. En 2022, 647 mineurs sont morts d’une balle et plus du double (1 594) ont été blessés, selon Gun Violence Archive.
L’État du Texas, où la vente d’armes personnelles est très peu encadrée, enregistre une moyenne de 3 647 décès annuels par arme à feu, précise Everytown.
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Tueries de masse
Depuis le début de l’année, soit 145 jours, les États-Unis ont connu 213 fusillades de masse, selon Gun Violence Archive qui comptabilise dans cette catégorie les événements ayant fait au moins quatre victimes (décédées ou blessées) sans inclure l’auteur des tirs. L’année 2021 en avait enregistré 692, un record depuis 2014, quand Gun Violence Archive a commencé son sinistre comptage.
Chaque mois, les États-Unis sont endeuillés par de nouvelles fusillades. D’après un rapport publié en septembre 2022 par Gun Violence Archive, les victimes ont atteint un total de 1 420 depuis le 1er janvier 2022, dont 293 morts et 1 127 blessés.
Le 14 mai, le pays a été secoué par la tuerie de Buffalo. Dix personnes, dont une majorité d’Afro-Américains, ont été abattues par un jeune suprématiste blanc de 18 ans. Le 24 mai, un autre jeune de 18 ans a tué 21 personnes (dont 19 enfants) dans une école d’Uvalde au Texas. Le 1er juin, un homme d’une trentaine d’années a tué au moins quatre personnes dans un hôpital de Tulsa, dans l’Oklahoma. Le 9 juin, une autre tuerie a provoqué la mort de trois personnes à Smithburg dans le Maryland.
Évolution des homicides
En 2020, les États-Unis ont connu 19 350 homicides par armes à feu, une hausse « historique » de près de 35 % par rapport à 2019, et 24 245 suicides (+1,5 %), selon les dernières statistiques disponibles des autorités sanitaires américaines. C’est un niveau inédit depuis 25 ans, mais encore en deçà du pic des années 1980. Le taux d’homicide s’est établi à 6,1 pour 100 000 habitants en 2020, un record depuis plus de 25 ans, précisent les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) dans leur rapport publié au début du mois. Pour les autorités de santé, cette hausse a été potentiellement causée par les effets de l’épidémie de Covid-19 et la pauvreté.
En 2021, plusieurs villes américaines, grandes métropoles comme villes moyennes, ont aussi connu des records. Chicago, la troisième plus grosse ville du pays, a enregistré le plus grand nombre d’homicides, soit 836. Mais c’est Memphis dans le Tennessee qui détient le triste record par habitant avec 2 352 homicides pour 100 000 personnes.
Violence en milieu scolaire
Depuis la tuerie de Columbine, en 1999, 373 fusillades se sont déroulées en milieu scolaire aux États-Unis. Et au total, plus de 344 000 jeunes Américains ont été exposés à la violence par armes à feu au sein de leur établissement scolaire.
En 2022, un nombre record de 46 fusillades se sont déroulées dans des établissements scolaires aux États-Unis. Ces tueries en milieu scolaire ont coûté la vie à au moins 193 personnes (en grande majorité des élèves, mais aussi des enseignants et autres membres du personnel scolaire) et fait 422 blessés. Le nombre de fusillades en milieu scolaire a considérablement augmenté depuis 2018 aux États-Unis et les enfants africains-américains y sont exposés de façon disproportionnée. L’âge médian des auteurs de tirs ou de fusillades en milieu scolaire est de 16 ans.
Facteurs contribuant à la violence par arme à feu aux États-Unis
Plusieurs facteurs contribuent à la violence par arme à feu aux États-Unis :
- Le droit d’accéder aux armes à feu est un droit constitutionnel. Il est en effet garanti par le Second amendement (ratifié en 1791) qui défend le droit de détenir et de porter des armes.
- Les armes à feu font partie intégrante de la culture américaine. En 1995, le politologue Robert Spitzer affirmait que la culture américaine des armes à feu s’explique par la prolifération des armes à feu depuis les premiers jours de la nation.
- Le lobbying pour les droits des armes à feu est bien plus fort que celui pour le contrôle des armes à feu. En 2017, le premier s’élève à 10 millions de dollars, tandis que le second peine à atteindre deux millions.
- Un sentiment d’anarchie/de désordre qui découle notamment de la violence policière. Gary LaFree, Richard Rosenfeld et Randolph Roth ont étudié la question et soulignent que les vagues de criminalité surviennent souvent lorsque les normes sociales s’effondrent.
- Un sentiment d’isolement et de frustration, sentiment qui a été exacerbé par la pandémie. La Covid a favorisé l’isolement et la prise de position sur de nombreuses questions et a ainsi divisé les concitoyens. Or, lorsque l’empathie pour les autres citoyens décline, la criminalité augmente. Mais il y a aussi eu une certaine rupture entre les citoyens et le gouvernement. En effet, d’après Gallup, 80 % des citoyens ne sont pas satisfaits par la direction du pays pendant la pandémie.
Mesures mises en place pour lutter contre la violence par arme à feu aux États-Unis
Plusieurs mesures ont été mises en place ou proposées pour lutter contre la violence par arme à feu aux États-Unis :
- Les « buyback programs »: Des programmes destinés à racheter les armes qui sont actuellement en circulation aux États-Unis. Cela permettrait de diminuer le nombre d’armes à feu disponibles et ainsi de faciliter leur contrôle.
- Vérifier plus efficacement les antécédents (Effective background checks) pour résoudre l’une des grandes failles du système américain, souvent appelée « three-day loophole ».
- Durcissement de la réglementation des armes dites « fantômes »: Ces armes sont dangereuses, car non réglementées. Elles ne sont pas traçables et n’existent actuellement pas au regard de la loi. Le gouvernement américain a donc décidé de sévir contre les fusils artisanaux achetés et vendus sans registre.
- Loi visant à renforcer le contrôle des armes à feu: Ces mesures visent à renforcer la sécurité des écoles, à assurer un meilleur contrôle de la vente illégale d’armes, à limiter l’accès des personnes dangereuses aux armes à feu et enfin à financer des programmes de soutien psychologique.
La violence par arme à feu comme crise de santé publique
La violence des armes à feu est une « crise de santé publique », a déclaré l’administrateur de la santé publique (Surgeon General) des Etats-Unis, qui a, pour la première fois, publié un rapport complet faisant de ce sujet une priorité sanitaire et recommandant une série d’actions pour lutter contre ce fléau. Il souligne notamment que les armes à feu sont depuis 2020 la première cause de décès chez les enfants et les adolescents aux Etats-Unis, devant les accidents de la route.
Ses recommandations incluent un stockage des armes plus rigoureux, la vérification généralisée des antécédents des acheteurs, la confiscation des armes pour les personnes dangereuses comme les conjoints violents, ainsi que l’interdiction des fusils d’assaut et des chargeurs à grande capacité.
La France, un pays violent en Europe ?
Le patron des députés Les Républicains Laurent Wauquiez a déploré le fait que la France soit "l'un des pays les plus violents d'Europe", mercredi dans le 8h30 de franceinfo. Globalement, Laurent Wauquiez dit vrai, la France fait en effet partie des pays les plus violents d'Europe, selon les dernières données disponibles sur Eurostat, le service de statistiques de la Commission européenne. Cela fait dix ans qu'elle est sur le podium et, en 2022, la France était même le pays où le plus d'actes violents ont été enregistrés par les forces de l'ordre.
Eurostat a répertorié la quantité de 21 types d'infractions par pays d'Europe en 2022. La France est le deuxième pays où il y a eu le plus d'infractions - près de 2,9 millions - en valeur absolue et le septième pays si l'on rapporte ces infractions au nombre d'habitants. Après addition de ces faits, la France arrive en tête du classement des pays qui ont recensé le plus de faits de violences en 2022, aussi bien en valeur absolue - 650 000 actes - qu'en proportion du nombre d'habitants - près de 1 000 actes violents pour 100 000 habitants.
De ce point de vue, la France se classe à la dixième place des pays avec le taux d'homicides par habitants le plus fort et est juste un peu au-dessus la moyenne européenne.
En revanche, le député LR de Haute-Loire se trompe sur les violences par armes à feu. En réalité, il existe peu de comparaisons européennes détaillées des violences selon le type d'armes utilisées et, surtout, les données sont très mal consolidées pour la France.
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