L'Armement Espagnol au XVIe Siècle: Histoire et Évolution Militaire

L'histoire de l'armement espagnol au XVIe siècle est marquée par une évolution technologique et tactique significative, façonnée par les guerres européennes et la conquête du Nouveau Monde. Cette période voit l'ascension de l'arquebuse, le développement des tercios, et une adaptation constante aux défis militaires de l'époque.

L'Arquebuse: Une Révolution dans l'Infanterie

L'arquebuse, une arme à feu emblématique de l'infanterie européenne du XVe au XVIIe siècle, représente un tournant décisif dans la technologie militaire. Elle marque le remplacement progressif de l'arbalète dans les conflits armés, signalant une transformation profonde dans la manière de faire la guerre.

Design et Structure

L'arquebuse se distinguait par son canon en fer, d'environ un mètre de long, avec des calibres variant entre 15 et 20 mm. Son mécanisme de tir reposait sur une clé à mèche lente, nécessitant une manipulation experte pour un fonctionnement optimal.

Impact Historique

L'arquebuse a prouvé sa valeur sur les champs de bataille européens. Un exemple frappant est la bataille de Bicocca en 1522, où des arquebusiers espagnols ont triomphé des fantassins suisses, réputés pour leurs formations de hallebardes. Cette victoire a illustré la puissance de feu accrue et la flexibilité tactique offertes par l'arquebuse.

Transition vers le Mousquet

Cependant, l'arquebuse n'est pas restée sans évolution. L'arrivée du mousquet, avec son canon plus long et son poids supérieur, a progressivement conduit au remplacement de l'arquebuse. Le mousquet offrait une portée et une puissance accrues, mais nécessitait également une formation et une force physique plus importantes.

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Héritage de l'Arquebuse

L'importance de l'arquebuse réside non seulement dans sa capacité destructrice, mais aussi dans son rôle de catalyseur d'une période de transition technologique dans l'armement militaire. Elle a jeté les bases des armes à feu modernes, ouvrant la voie à des innovations ultérieures en matière de conception, de mécanisme de tir et de tactiques militaires.

Les Tercios: L'Infanterie Espagnole d'Élite

Les tercios étaient l’unité administrative et tactique de l’infanterie espagnole de 1534 à 1704. Ces unités regroupaient environ trois mille fantassins professionnels, hautement entraînés et disciplinés, et furent réputées invincibles jusqu’à la bataille de Rocroi.

Origines et Organisation

À l’issue de la Reconquista, après les guerres de Grenade achevées à la fin 1491, l’armée espagnole s’organise alors qu’elle se voit engagée en Italie et dans le Roussillon. En 1495, une ordonnance royale crée les premières unités permanentes, les capitanías d’un effectif de 100 à 600 hommes. Pendant les premières guerres d’Italie, Gonçalve de Cordoue († 1515), augmente le nombre d’arquebusiers et la mobilité de l’armée espagnole en accordant une plus grande part à l’initiative individuelle. Des regroupements de douze à seize capitanías sont créés sous le nom de coronelía. Par la suite, elles comptent quatre ou six capitanias de 300 hommes. En 1525, l’infanterie espagnole en Italie compte 7050 hommes regroupés en 33 capitanías.

Structure et Composition

Un tercio était constitué par le regroupement de plusieurs banderas ou compagnies de combat, autour d’un état-major permanent d’une trentaine d’hommes, une nouveauté pour l’époque. De 1534 à 1567, les premiers tercios basés surtout en Italie comportent dix banderas de 300 hommes, dont deux d’arquebusiers. Les deux banderas d’arquebusiers ne compte que des piqueros secos et des espingarderos, les premiers étant souvent remplacés par des hallebardiers, plus mobiles. Toutes les banderas, ont aussi un état-major de onze hommes, il comprend, le capitaine et son page, un alférez, un sergent, un abanderado ou enseigne, trois musiciens, un fourrier, un chapelain et un barbier. Le corps de la troupe est divisé en escadres de 25 soldats, mené par un vétéran, le cabo. L’escadre se divisait elle-même en camaradas de 6 à 12 hommes, conduite elle aussi par un vétéran.

En théorie, un tercio de cette époque comprend donc : 147 officiers, 1080 piquiers avec corselets, 400 piquiers légers, 1220 arquebusiers et 190 mousquetaires. Dans la pratique, les effectifs sont plus réduits du fait des désertions et des pertes, et il y a une tendance à augmenter le nombre de tireurs, donc la puissance de feu.

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Évolutions et Réformes

En 1568, une première réforme, intervient sur les unités présentes en Flandres, avec le passage à douze banderas mais seulement de 250 hommes. La proportion de piquiers au sein de ces unités est beaucoup plus forte, avec 1110 corselets et 1080 piquiers légers, contre 448 arquebusiers et 230 mousquetaires. En 1632, une ordonnance royale fixe l’organisation des tercios espagnols à 12 compagnies de 250 hommes et ceux des Flandres et d’Italie, à 15 de 200 hommes. Cependant en 1636, le gouverneur des Pays-Bas espagnols, organise les tercios espagnols et italiens de l’armée des Flandres sur un autre modèle à treize compagnies de piquiers et deux d’arquebusiers mais, du fait de la grande proportion de mousquetaires dans les banderas de piquiers, ceux ne représentent plus que le tiers de l’effectif théorique. Ces tercios sont censés avoir 759 piquiers, 318 arquebusiers et 1380 mousquetaires. Les tercios provisoires levés dans la péninsule ibérique, sont eux beaucoup moins puissants, avec dix banderas de seulement cent hommes, ils sont aussi constitués de troupes de piètre valeur. En 1663, une réforme crée les tercios provinciaux fixes, avec 16 compagnies de 62 hommes, puis 20 de 50.

Armement et Équipement

L’arme principale des piquiers est une pique, longue de 25 à 27 palma de mano (envergure de main), soit environ 5,20 mètres. Mais ils possèdent aussi une épée, longue de 4,5 palma, soit 95 centimètres et une dague de 30 à 40 centimètres, pour les corps à corps. Les corseletes ont donc une demi-armure ou corselet qui couvre tout le dessus du corps, ne laissant que les jambes sans réelle protection. Les piqueros secos, eux moins exposés se contentent de pièces d’armure plus simples et moins coûteuses. Lorsque le choc a lieu entre les deux phalanges de piquiers, ce qui n’a pas lieu couramment car les pertes sont alors importantes, les piquiers poussent leur pique de la main gauche par le bout, tout en dirigeant de la main droite vers le visage ou le torse de leur adversaire. Contre la cavalerie, la pique est bloquée contre le pied droit et tenu par la main gauche à environ 45° d’inclinaison, le soldat garde sa main droite libre ce qui lui permet de dégainer son épée s’il a besoin de se défendre.

Les arquebusiers ne sont protégés que par leur casque, souvent un morion et un broigne en cuir, ou une casaque de tissu ou en peau de buffle, au XVIIe siècle le casque est souvent remplacé par un simple chapeau de feutre. Ils portent une arquebuse avec douze doses de poudre préparées, surnommées les douze apôtres, suspendues sur un baudrier et une réserve supplémentaire de poudre et de balles dans un sac. Pour servir leur arme, ils disposent aussi d’une baguette en bois pour bourrer la charge et une poire contenant la poudre noire fine destinée à l’amorçage. Ils peuvent se défendre au corps à corps eux aussi grâce à l’épée et la dague. L’équipement du mousquetaire comprenait en plus la fourquine qui servait à appuyer sa lourde arme à feu lors du tir.

Tactiques et Déploiement

Au combat, le tercio, forme selon son effectif, un ou plusieurs escadrons de bataille, nommés aussi Cuadro de Terreno (carré de terrain). Cette formation combine les armes pour les rendre efficace contre les diverses unités ennemies. Les piquiers forment un carré, qui constitue le point de résistance de l’unité. Ils sont déployés de façon serrée, occupant chacun un rectangle de 0,64 mètre de large et 1,92 de profondeur. Les mangas d’arquebusiers, grâce à leur plus grande mobilité, étaient très couramment détachés, en avant-garde ou sur les flancs pour harceler l’ennemi, un peu à la manière des tirailleurs des armées postérieures. La présence de piquiers ou de hallebardiers en leur sein, leur permettant de ne pas être balayé par une charge de cavalerie, lorsqu’ils étaient trop éloignés du carré du tercio. Leur utilisation du tir tient compte des limitations des armes de l’époque, les mangas détachés s’approchaient de l’ennemi, mais à bonne distance. une section était alors sortie de l’unité pour tirer.

Le tercio lorsqu’il marche est déployé en colonne. Les deux compagnies d’arquebusiers sont utilisées, une en avant-garde, l’autre en arrière garde. Les compagnies de piquiers ne marchent pas groupées, les mousquetaires détachés suivent l’avant-garde, suivi à leur tour par la moitié des arquebusiers, puis des piquiers. Au centre venait ensuite les bannières et l’état-major, qui précédaient le reste des piquiers, puis des arquebusiers. Derrière eux et avant l’arrière-garde, les bagages, en terrain non hostile, on plaçait ceux-ci en tête de la colonne principale pour éviter qu’il prennent du retard. Une des forces des tercios, était de créer des détachements provisoires regroupant plusieurs banderas dans une tropas, d’importance variable.

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Fin du Système Traditionnel

Vers 1690, l’armée espagnole forme douze compagnies de grenadiers, armées du fusil et de la baïonnette, l’adoption généralisée de cette arme en 1702 et la suppression des piquiers, sonne le glas du système traditionnel des tercios.

Bien que d’autres puissances aient adopté la formation en tercio, leurs armées restaient en deçà de la réputation de l’armée espagnole, qui possédait un noyau de soldats professionnels, ce qui leur conférait un avantage par rapport aux autres pays. Cette armée était, en outre, complétée par "une armée de différentes nations", en référence au fait que la plupart des soldats étaient des mercenaires en provenance d’Allemagne (Landsknecht), des territoires italiens et des territoires wallons des Pays-Bas espagnols, ce qui est caractéristique des guerres européennes, avant les prélèvements des guerres napoléoniennes.

L'Armement et la Conquête du Nouveau Monde

L’ost des Indes, comparé à la milice indigène, avait d’énormes avantages en sa faveur, en matière de technique et d’armement. La cavalerie, les armes à feu, les armes blanches tranchantes, les chiens, les moyens défensifs, l’usage d’une véritable tactique militaire, mettaient les Espagnols à cent coudées au-dessus des Araucans, qui m’étaient pas encore sortis du stade néolithique. Les chevaux apportés du Pérou, dans les premiers temps, furent peu nombreux et chers.

Faiblesses Matérielles et Adaptation

On peut dire d’une manière presque générale, pour toutes les expéditions de conquête en Amérique, dans l'ère espagnole, que leur caractère privé les empêcha, du point de vue de leur organisation matérielle, d’être au niveau des armées européennes de premier plan. La précarité, des moyens utilisés rendait impossible que l’armement fût aussi complet et aussi moderne qu’un État pouvait le mettre en œuvre pour une même fin. Ce fut particulièrement sensible en ce qui concerne l’emploi de l’artillerie. Tandis qu’on l’utilisait en Europe comme une partie importante des moyens de guerre, en Amérique les conquérants remployaient a une très petite échelle et elle était d’une catégorie très inférieure. Il en était de même pour les armes à feu individuelles. Dans les premiers temps, elles furent très peu nombreuses et leur usage eut un caractère décisif plus comme facteur psychologique que comme véritable moyen de guerre. Le cheval aussi était rare dans les premiers temps et son prix très élevé, mais même avec quelques chevaux seulement, les Espagnols remportèrent de notables victoires.

Donc, sur le plan matériel, l’ost des Indes, se caractérise par une énorme faiblesse, si on la compare à une armée d’État de l’époque. Au Chili, faisant face à une guerre continue contre les Araucans, l’ost espagnol se vit soumis à une destruction permanente et placé devant la nécessité de renouveler son armement de façon constante, pour remplacer celui qui se perdait dans les batailles, ou la poudre et les munitions qui se consommaient. Il était absolument impossible que les conquérants devenus encomenderos pussent supporter sur leurs épaules, et avec succès, une charge aussi lourde durant tant d’années. C'est pour cette raison que la monarchie dut supporter, bien que très modérément, une partie du poids de la guerre durant le XVIe siècle.

Autres Facteurs de Succès

De la rencontre entre les conquistadors et les Aztèques, les récits de la conquête retiennent souvent l’association de Cortes (1485 - 1547) au dieu Quetzalcoatl par l’empereur Moctezuma (1466 - 1520). De même, si les Espagnols prennent le dessus, ce n’est pas en raison de la supériorité technique de l’armement mais bien plus du choc microbien. Nathan Wachtel estime que la population amérindienne du Pérou (vocable employé par Francisco Pizarro et ses hommes pour nommer les nouvelles terres conquises sur l’empire Inca) a diminué de 60-65 % avec des pics à 75% dans certaines zones. Les Espagnols jouent aussi des divisions politiques chez leurs ennemis. Certains Amérindiens s’allient en effet avec les Espagnols qui, à leur tour, n’hésitent pas à les trahir et à se retourner contre eux.

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