Le revolver gros calibre, au-delà de sa fonction première d'arme à feu, est un objet chargé d'histoire et de symbolisme. Des modèles militaires aux icônes du Far West, ces armes ont marqué leur époque et continuent de fasciner les collectionneurs et les passionnés. Cet article explore l'histoire riche et variée des revolvers de gros calibre, en mettant en lumière certains modèles emblématiques et leur impact culturel.
Le Revolver Modèle 1873 et son Adoption Internationale
Le revolver modèle 1873, fabriqué par la Manufacture d'Armes de Saint-Étienne (MAS), a connu une diffusion notable au-delà des frontières françaises. Sous le règne d'Albert Ier (1889-1922), les agents de la sûreté publique de Monaco étaient équipés de ce modèle, porté dans un étui jambon en cuir noir avec baudrier et ornements distinctifs pour la grande tenue.
La Grèce a également adopté le revolver modèle 1873 en 1874, un modèle en tout point similaire au modèle français et disposant des marquages français. Introduits dans l'armée grecque en 1877 (Modèle 1873) et 1882 (Modèle 1874), plus de 9 500 exemplaires ont été achetés à la France. Ces armes, parfois appelées « revolvers Grass », sont restées en service dans l'armée hellénique jusqu'à la fin des années 1920. Certains revolvers modèle 1873 grecs, fabriqués par Sutterlin & Lippmann, suggèrent qu'ils ne proviennent pas du contrat militaire français avec la MAS, mais plutôt de la production commerciale de la MAS pour ses entrepreneurs. Un revolver de ce type a même été utilisé lors de la guerre pour la libération de la Macédoine (1904-1908), puis par un officier de gendarmerie (1912-1917) et en Asie Mineure (1918-1923). L'armée grecque a également adopté le fusil modèle 1874 Gras français en 1876.
Le revolver modèle 1876, également fabriqué à Saint-Étienne, a servi lors de la guerre serbo-bulgare en 1886, témoignant de l'utilisation de ces armes dans divers conflits à travers l'Europe.
Même après être devenus obsolètes, certains pays ont récupéré des stocks de revolvers modèles 1873 et 1874, comme la police supplétive de Dakar, soulignant la longévité et la valeur de ces armes.
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Le Colt Single Action Army : Une Légende de l'Ouest Américain
Le revolver Colt, en particulier le Single Action Army, est une figure emblématique de l'histoire américaine et de la culture populaire. Son histoire est intimement liée à la conquête de l'Ouest et aux figures légendaires qui l'ont peuplé.
La fusillade d'O.K. Corral, le 26 octobre 1881, est un événement clé qui a contribué à la renommée du Colt Single Action Army. Cette confrontation de 30 secondes, qui a vu la mort de trois membres du gang Clanton, a immortalisé des noms tels que Wyatt Earp, Doc Holliday et Billy Clanton. Le Colt Single Action Army, initialement désigné sous le nom de "New Model Army Metallic Cartridge Revolving Pistol", est devenu un symbole de justice et de défense personnelle.
Pour comprendre l'histoire du Colt 45, il faut remonter à 1836, lorsque Samuel Colt a obtenu son premier brevet pour un revolver à percussion. Après des années d'expérimentation, il a créé un prototype opérationnel. Les premiers modèles nécessitaient le démontage du canon pour recharger le barillet, une procédure fastidieuse. Cependant, grâce aux améliorations apportées par le capitaine Samuel Walker, un Texas Ranger, le revolver est devenu plus robuste et fiable. D'autres modèles emblématiques ont suivi, tels que le Colt Dragoon, le Colt 1851 Navy, le Colt Army Model 1860 et le Colt M1861 Navy.
Après la mort de Samuel Colt en 1862, son entreprise a continué à prospérer, vendant des dizaines de milliers de revolvers à percussion à l'armée de l'Union pendant la guerre de Sécession. L'avènement de la cartouche métallique autonome au milieu des années 1860 a marqué une avancée majeure dans la technologie des armes à feu. Colt a développé un revolver tirant une cartouche à percussion centrale plus puissante, doté d'une carcasse plus solide et durable. William Mason et Charles Brinckerhoff Richards ont repensé le modèle de 1870 en intégrant une sangle supérieure pour renforcer la solidité de la carcasse.
Le Colt Single Action Army disposait d'un barillet à six chambres et d'une porte de chargement située sur le côté droit de la carcasse. Pour le recharger, il fallait baisser le chien à mi-course, ouvrir la porte de chargement et charger les cartouches dans les chambres. Pour éjecter les douilles usagées, il fallait aligner la chambre avec la porte de chargement et tirer la tige d'éjection vers l'arrière. Contrairement aux armes modernes, le Colt ne disposait pas de mécanismes de sécurité.
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En juillet 1873, l'armée américaine a adopté le Colt Single Action Army et a passé une commande de 8 000 revolvers, ainsi qu'une série de Smith & Wesson Model 3. Les Colts de l'armée, au coût de 13 dollars chacun, étaient équipés de canons de 7,5 pouces, de poignées en bois et pesaient 900 grammes. Au cours des deux décennies suivantes, l'armée a acquis 30 000 de ces revolvers, principalement destinés aux étuis de la cavalerie, de l'infanterie et de l'artillerie. Entre 1895 et 1903, l'armée a rénové 17 000 revolvers Colt Single Action Army en raccourcissant leur canon à 5,5 pouces.
Le Colt Single Action Army a été largement utilisé sur la frontière occidentale. Lors de la bataille de Little Bighorn, le 25 juin 1876, les 200 soldats de la 7e cavalerie commandée par George Armstrong Custer ont été submergés et décimés. La cavalerie était équipée de la nouvelle carabine Springfield 1873 et du Colt Single Action Army.
Bien que le Colt Single Action Army se soit distingué par son impressionnant pouvoir d'arrêt, sa grande fiabilité et son mécanisme de fonctionnement simple, sa lenteur de rechargement et son mécanisme de tir en simple action en faisaient une arme à la cadence de tir limitée. Le Colt Model 1892 à double action en calibre 38 a fini par le remplacer. Cependant, pendant la guerre américano-philippine, les balles de calibre 38 se sont avérées insuffisantes pour stopper les guerriers Moro lors de leurs charges.
Le Colt .45 a traversé les époques. Pendant la guerre hispano-américaine, la célèbre cavalerie volontaire de Theodore Roosevelt, communément appelée les "Rough Riders", a utilisé ses Colts à la main.
Grâce au succès rencontré par le Colt dans le milieu militaire, il s'est rapidement diffusé parmi la population civile. Alors que les modèles militaires du Colt étaient strictement chambrés en calibre 45, les versions civiles étaient disponibles dans une variété de calibres. En 1877, Colt a lancé un nouveau modèle nommé "Frontier", un Single Action Army chambré pour la cartouche à percussion centrale .44-40 de la Winchester Repeating Arms Company. La précision, la puissance et la fiabilité du Colt ont suscité l'appréciation des hommes de loi, des hors-la-loi, des éclaireurs et des cow-boys. Plus de 70 000 exemplaires du Peacemaker chambrés en .44-40 ont été fabriqués.
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Malgré sa popularité, ce revolver restait un investissement considérable. Dans les années 1870, un Colt Peacemaker neuf se négociait aux alentours de 17,50 dollars, l'équivalent d'environ 330 euros d'aujourd'hui. Les revolvers Peacemaker et Frontier ont conquis un immense succès sur la frontière de l'Ouest, notamment auprès de ceux qui dépendaient de leurs armes pour survivre. Les figures légendaires de l'Ouest, que ce soient des hors-la-loi notoires tels que Billy the Kid, Jesse James et Butch Cassidy, ou des hommes de loi comme Bat Masterson, Ben Daniels et Pat Garrett, arboraient fièrement leurs Colts, tout comme Wyatt Earp et Doc Holliday lors de la célèbre confrontation d'O.K. Corral. Buffalo Bill possédait même un Colt Frontier et a grandement contribué à solidifier la réputation de l'arme en tant que "pistolet de la conquête de l'Ouest". Ses spectacles mettaient en avant des exhibitions de tir par d'éminents tireurs comme Annie Oakley.
Entre 1873 et 1941, environ 310 000 revolvers Colt ont été fabriqués. Les récits de soldats, de shérifs et de hors-la-loi, mettant en scène le Colt comme un acteur de second plan, ont abondé dans des romans bon marché, des pièces de théâtre et des spectacles itinérants tels que celui de Buffalo Bill. Toutefois, à partir de 1918, la popularité du Colt a décliné, en parallèle à la fermeture de la frontière et à l'émergence de nouveaux revolvers à double action et de pistolets semi-automatiques. Dans les années 1920, l'imaginaire collectif s'est plus tourné vers les gangsters que les cow-boys. Néanmoins, après la Seconde Guerre mondiale, l'engouement pour les films de western a connu une montée en flèche, et au milieu des années 1950, pratiquement tous les héros du western hollywoodien arboraient un Peacemaker. John Wayne, quant à lui, possédait une paire de revolvers personnalisés avec des poignées en ivoire, devenus ses armes emblématiques. Parallèlement, des émissions de télévision telles que "The Lone Ranger," "Rawhide," "Bonanza," et "Gunsmoke" ont permis à des millions de téléspectateurs américains de découvrir les Colts.
Le revolver Colt est bien plus qu'un simple morceau d'acier. C'est un témoin de l'évolution de la technologie des armes à feu, un rappel des moments les plus marquants de l'histoire américaine et un élément clé de la culture populaire.
Les Revolvers "Bulldog" et "Vélodog" : Armes de Défense Compactes
La fin du 19e siècle et le début du 20e siècle ont vu l'émergence d'innombrables petits revolvers, dont les "Bulldogs" et les "Vélodogs". Les Bulldogs ont été commercialisés par Webley à partir de 1878. Ce type d’arme est apparu sur le marché en 1878 et son mécanisme relève de brevets de 1868.
Les revolvers en calibre 6mm Vélodogs pouvaient également être chargés de cartouches à balle blindée qui permettaient aux cyclistes circulant tard le soir dans des lieux mal famés de se défendre des agressions des voyous. Après 1900, certains de ces revolvers furent commercialisés en calibres : .320, 6,35mm Browning ou .22 Long. Ces revolvers ne constituent au bout du compte que des versions réduites du Bulldog, dont elles conservent le mécanisme. Leur commercialisation se prolongea elle aussi jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale.
À la fin du XIXe siècle, les armuriers proposèrent également de petits pistolets à un coup en calibre 6mm Flobert, appelés « pistolets de cyclistes ». L’avantage de ces pistolets à un coup résidait dans leur coût dérisoire, qui résultait tout autant du caractère rudimentaire de leur mécanisme que de leur médiocre facture. Signe de l’évolution de la société : la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Etienne commercialisa le « revol-velo » dont le calibre .320 faisait plus une arme de défense contre les bipèdes malveillants que contre les chiens errants. Peu après, apparut le « revoluto », destiné à la défense individuelle des automobilistes.
Les Revolvers Webley : Une Histoire Complexe
L’histoire des revolvers Webley est relativement embrouillée et certaines similitudes d’appellation ne font que renforcer la confusion. Les premiers Bulldogs ont été commercialisés par Webley à partir de 1878. Le Webley RIC : ce revolver simple et robuste fut initialement acheté par la Gendarmerie Royale d’Irlande (Royal Irish Constabulary, en abrégé : RIC).
Pendant la guerre de 1914-1918, le revolver Webley MarVI, avait été la principale arme de poing utilisée par la Grande Bretagne et ses Dominions. Aussi l’armée britannique demanda-t-elle à Webley & Scott, qui lui fournissait ses revolvers depuis 1887, d’étudier une arme plus légère et plus compacte. Les ingénieurs de Webley & Scott qui s’étaient mis à l’ouvrage en 1921, arrivèrent vite à la conclusion que l’objectif d’allègement qui leur avait été fixé ne pouvait pas être atteint sans une réduction de calibre. L’arme qui en résulta fut proposée à l’armée britannique, qui la testa, mais lui préféra finalement un autre revolver en calibre .38 (aussi appelé calibre .380 quand il est exprimé non plus en centièmes mais en millièmes de pouce), qui avait été développé par l’arsenal d’Enfield. Pour baptiser cette nouvelle arme, Webley & Scott choisit de lui donner le nom de « Mark IV » : non pas pour le rattacher au revolver Mark IV « Boer War model » en calibre .455 qui était à cette époque rangé au rayon des antiquités, mais parce qu’il prenait ainsi logiquement la suite des Webley Mark II « New Self ejector model » et Mark III « Pocket model » en calibre .38 du siècle précédent. Afin de diversifier sa gamme de produits, Webley en établit également des versions en calibre .32 et en calibre .22, ces dernières étant surtout destinées aux tireurs sportifs. Le Mark IV en calibre .38 n’est donc pas un lointain parent du « Boer war model » en calibre .455. En 1927, la fabrication du Mark IV « Boer war » model avait été abandonnée depuis près de quinze ans au profit de celle du Mark V et du Mark VI.
Les Revolvers Smith & Wesson : Innovation et Performance
La société Smith & Wesson a été créée en 1852 par Horace Smith et Daniel B. Wesson. Elle s’appellera tout d’abord Volcanic Repeating Arms Company, en référence aux pistolets et fusils Volcanic qu’elle fabrique alors. L’année suivante, les 2 associés rachètent le brevet portant sur le chargement des culasses par l’arrière.
En 1870 Smith & Wesson développe le premier revolver de gros calibre, le "Model 3 American". Ainsi, entre 1870 et 1874, l’armée américaine commande 28 000 exemplaires du Smith & Wesson Model 3. Une version modifiée sera même créée quelques années plus tard pour l’armée russe, qui en commandera 131 000 exemplaires.1887 marque la création du Smith & Wesson Safety Hammerless, revolver à double action et à chien non apparent. La contribution de Smith & Wesson à l'histoire des armes de poing et du développement des cartouches a continué à travers le 20e siècle. Le premier revolver Magnum, le 357 Magnum, a été présenté par la compagnie Smith & Wesson en 1935. Le revolver Smith & Wesson modèle 29 chambré en .44 Magnum - l'arme rendue célèbre par Clint Eastwood dans le film "Dirty Harry" - a été dévoilé en 1956.
Le revolver Smith & Wesson modèle 10, produit depuis 1899, est également l’un des modèles les plus vendus et utilisés au monde, apprécié pour sa robustesse et sa simplicité, tandis que le Model 686 en calibre .357 Magnum est un autre revolver très prisé pour sa puissance et sa précision, utilisé aussi bien par les tireurs sportifs que pour les missions de sécurité.
Le revolver Smith & Wesson double action en calibre .38 a connu un grand succès et a été décliné en cinq versions successives, de 1880 à 1911, avec une production totale de plus de 550 000 exemplaires. Chaque version a apporté des innovations, petites ou grandes, tout en conservant une esthétique similaire. Sa petite taille, son fonctionnement simple, son prix abordable et son système d'ouverture à brisure ont fait sa réputation.
La Guerre Commerciale entre Winchester et Colt
1880, d’un point de vu économique, Winchester qui a actuellement une position dominante avec ses armes à levier de sous garde souhaite étendre rapidement son influence dans d’autres domaines. La demande augmente également sur les fusils de chasse à deux canons lisses dont le marché est depuis 1878 entre les mains principalement de Colt. Si Remington n’est pas en situation financière pour répondre à l’agressivité commerciale de Winchester, Colt est en mesure de le faire. La guerre commerciale est donc déclarée ente Winchester et Colt.
En réponse, Colt annonce son intention de réaliser une arme à levier de sous garde qui sera plus performant que la Winchester 1873. En parallèle il lance une campagne pour discréditer Winchester sur le thème : « Buy American » en réponse aux importations de produits en provenance d’Angleterre. La réponse de Winchester ne se fait pas attendre et il inonde le marché avec de nouvelles importations à bas coût, des revolvers British Bull Dog double action P. Webley & son pour concurrencer les Colts.
1882 chez Winchester un quatrième homme est recruté il s’agit de William Mason qui travail chez Colt. Il est l’un des créateurs du fameux Colt 1873, l’autre étant Charles Brinckerhoff Richards William Mason est un des plus grands designers et ingénieur de l’époque. Son recrutement n’était pas innocent car sa mission fut de permettre à Winchester de construire rapidement un revolver SA concurrent direct du Colt 1873. 1882 c’est aussi l’année où Colt achète le brevet d’un fusil à levier de sous garde à RL. Brewer et celle du recrutement de Burgess pour étudier une carabine à levier de sous garde qui sera brevet n° 251.694 le 3 janvier 1882.
1883 En réponse à la carabine Colt Burgess à levier de sous garde, Winchester présente à Colt un revolver simple action modèle 1883 copie améliorée du Colt 1873 et menace Samuel Colt de le lancer en production. Colt qui avait commencé la production de son levergun Colt-Burgess modèle 1883 demanda une trêve dans cette guerre commerciale car ni les uns ni les autres n’avaient rien à y gagner.
1884 Winchester semble baisser les bras et provoque une réunion où étaient présents le vice président de la Winchester Repeating Arms Co TG. Bennett et le Major Général William B. Franklin Directeur Général et Vice Président de la société Colt. Il ressortira de la réunion de paix que ni la société Colt, ni la société Winchester ne s’immisceront dans les marchés de l’autre. Winchester ne produira jamais son revolver modèle 1883.
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