Société de Tir de Tholozan : Histoire et Activités d'une Escadrille de Combat Française

L'histoire de la Société de Tir de Tholozan, plus précisément l'escadrille SPA 73, offre un aperçu fascinant de l'aviation de combat française pendant la Première Guerre mondiale. Cette unité, initialement formée comme un détachement, a évolué pour devenir une escadrille de combat redoutable, participant à certaines des batailles les plus intenses du conflit.

Genèse et Formation : Du Détachement à l'Escadrille (1915-1916)

L'histoire de la SPA 73 commence avec la mise en place d'un détachement d'avions sur le terrain de Corcieux, le 23 mai 1915, par l'escadrille MS 49. Ce détachement, autonome sous la direction du Slt Paul Courrière, un artilleur, restait administrativement lié à l'escadrille MS 49. Le 1er avril 1916, le détachement de chasse de l'escadrille N 49, toujours basé à Corcieux, passe sous l'administration de l'escadrille MF 14. C'est à ce moment qu'il prend le nom de détachement N 73, sous le commandement du Cne Honoré de Baillardel de Lareinty-Tholozan.

Le 17 mai, l'équipage composé du Cal Théophile Funck-Brentano (pilote) et Cal Robert Sabatier (pilote / mitrailleur) remporte la première victoire homologuée du détachement N 73. Au cours d'un combat contre trois avions adverses, ils réussissent à abattre un Aviatik C qui tombe près de Chatas, dans les Vosges (88).

Le détachement N 73 est officiellement transformé en escadrille le 22 juillet 1916. Malheureusement, le Cal Théophile Funck-Brentano, qui avait remporté les deux victoires officielles du détachement, est tué au cours d'un combat aérien près de St-Dié-des-Vosges (88) le 25 juin 1916.

Évolution et Affectations de l'Escadrille N 73 / SPA 73

L'escadrille N 73 est officiellement constituée sur le terrain de Corcieux, le 22 juillet 1916. Dotée de dix SPAD A 2, Nieuport 11 et 16, elle est placée sous le commandement du Ltt Jean Richard, un ingénieur des Arts et Manufactures officier issu du 26ème régiment d'artillerie et qui a fait ses premières armes à l'escadrille N 3. Le 15 août 1916, l'unité fait mouvement et s'installe en bordure du bois l'Abbé à Cachy. Elle est rattachée au Groupement d'escadrilles de Cachy (Somme), placée sous les ordres du Cne Antonin Brocard. L'ensemble de ces unités intervient sur le front des VIème et Xème armées. Elle rejoint sur place les escadrilles N 3, N 26, N 37, N 62, N 65 et N 103.

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Le 7 septembre 1916, l'escadrille N 73 perd son premier pilote au combat, en l'occurance le Sgt Charles Bordes qui est tué au cours d'un combat aérien contre le Ltn Wilhelm Frankl du Jasta 4, dans les environs de Péronne (Somme). Le 20 octobre, le Sgt Marcel Paris remporte la première victoire homologuée de l'escadrille N 73. Il abat un avion qui s'écrase dans les environs de St-Pierre-Waast (Somme). Le même jour, l'Adj Robert Bruneau est blessé au cours d'un autre combat aérien. Le 10 novembre 1916, le Sgt Jean Roxas-Elio est tué en combat aérien dans les environs de Fresnoy-lès-Roye (Somme). Né à Manille, il s'était engagé dans la Légion Etrangère pour pouvoir intégrer l'aéronautique militaire française. Les 12 et 17 novembre, deux nouvelles victoires homologuées pour le Cal Robert Sabatier et l'Adj François Bergot. Elles seront suivies par un autre avion abattu par le MdL Adolphe Lemelle, le 20 décembre. Il s'agit de la dernière victoire de l'année pour la N 73. Le groupement d'escadrilles de Cachy donne naissance au groupe de combat n° 12 à partir du 1er novembre 1916.

En janvier 1917, elle est entièrement équipée avec des SPAD VII et prend l'appellation de SPA 73. Le 27 janvier, l'escadrille quitte le terrain de Cachy. Le matériel et le personnel sont embarqués à la gare de Longueau (Somme) et dirigés par voie ferrée sur Nancy (Meurthe-et-Moselle). De là, ils prennent place dans des véhicules et camions et se dirigent par voie routière sur le terrain de Manoncourt-en-Vermois, à 10 km au Sud-Est de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Le Ltt Albert Deullin, qui s'est illustré au sein des escadrilles MF 62 et N 3, prend son commandement, le 19 février 1917. Il remporte une victoire homologuée contre un Albatros C qui s'écrase dans les lignes, le 16 mars 1917. Cet avion est la 7ème victoire homologuée. Le 22 mars, un détachement d'avant garde quitte Manoncourt et arrive sur le terrain de Bonne Maison, près de Fismes, le 24. Le 23, un second détachement quitte Manoncourt et rejoint le nouveau terrain par voie ferrée. Le 24 mars, départ du détachement principal par la route, qui, après avoir fait étape à St-Dizier et Epernay, arrive à Bonne Maison, le 26 mars à 17h00. Finalement, le petit détachement d'arrière-garde quitte Manoncourt, le 26 et retrouve le gros de la troupe dans la soirée.

Le 26 mars, nouveau déménagement, cette fois dans la Marne avec l'installation sur le terrain de la ferme de Bonne Maison à Fismes. Le commandant de la N 73 remporte une nouvelle victoire, le 15 avril. Le lendemain, le Brig Albert Rigault ajoute deux victoires homologuées au tableau de chasse de l'escadrille, d'abord contre un avion puis contre un Drachen qui est incendié. Les 22 et 24 avril, deux nouveaux succès pour Deullin et Battesti. La 73 est maintenant titulaire de 12 victoires homologuées. Les 10 et 11 mai, deux nouvelles victoires homologuées pour l'Adj Lemelle et le Ltt Albert Deullin. Du 14 mai au 3 juin, quatre pilotes livrent combat dans les environs immédiats de Reims, contre des avions qui ne seront malheureusement pas homologués. Le 4 juin, la quinzième victoire homologuée de l'escadrille est remportée par le Ltt Albert Deullin contre un avion qui est abattu sur le tranchées entre Fismes et la ferme de la Bovelle (Marne). Le 23 juin, le Sgt Vincent Scalingi se blesse très grièvement lors d'un accident d'atterrissage sur le terrain de Bonne Maison. Hospitalisé sur St-Gilles, il sera transféré sur un hôpital de l'intérieur et restera en convalescence jusqu'au 12 septembre. Le 4 juillet, le Slt François Battesti ajoute à son palmarès un avion abattu dans les environs de Berry-au-Bac (Aisne).

La SPA 73 déménage de Bonne Maison, le 9 juillet à 20 h et arrive sur le terrain de Bergues-Coudekerque, implanté au Sud de Dunkerque, le 11 juillet à midi. Elle y restera jusqu'au 15 août, date de son transfert sur St-Pol-sur-Mer qu'elle occupera à partir de 14 h. Le 21 juillet, le SPAD VII surcomprimé du Cne Jean Lamon est touché au cours d'un combat aérien et son pilote doit atterrir dans les ligne ennemies où il est fait prisonnier. D'abord interné à Lille, puis à Karlsrushe, il ne reverra la France une fois les hostilités terminées. Le lendemain, le Ltt Louis Pandevant est tué au cours d'un combat contre un pilote du Jasta 4. Il s'agit du 4ème tué au combat. Le 23, le Ltt Deullin, qui pilote son SPAD XIII n° 501, livre combat à un adversaire qu'il touche et qui s'écrase au Nord-Est de Dixmude (Belgique).

Le 14 août, le MdL Adolphe Lemelle livre deux combats. Il abat d'abord un biplace qui s'écrase dans la forêt de Houthulst, puis touche un monoplace dans la même zone. Ce dernier appareil ne sera pas homologué. Un autre pilote de la 73 n'aura pas cette fortune au combat. Le Cal Oliver Chadwick, un pilote américain, est tué dans les environs de Langemarck (Belgique) par un pilote du Jasta 11. Deux jours plus tard, le MdL Adolphe Lemelle est victime d'une grave asphyxie au cours d'un vol en haute altitude (6000 mètres) mais réussit à atterrir à St-Pol-Sur-Mer, d'où il est immédiatement évacué dans un état très grave sur l'hôpital Buffon de Paris. Il restera hospitalisé dans cet établissement jusqu'au 26 septembre. Le 18 août, un autre pilote américain est tué au combat. Le Cal Julian Biddle, alors qu'il testait en vol le SPAD VII n° 1300, est abattu par un pilote du Jasta 31. Son avion s'est abimé en mer et le corps de l'infortuné pilote, retrouvé sur la plage d'Egmond-aan-Zee au Pays-Bas, huit jours plus tard.

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Le 27 septembre, nouveau déménagement. La SPA 73 quitte le terrain de St-Pol-sur-Mer et revient à Bergues-Coudekerque. Le transfert entre les terrains n'empêche pas le Ltt Deullin de livrer combat contre un adversaire qu'il abat à l'Est de Dixmude (Belgique). Le 14 octobre, le Sgt Gaston Dron est tué au cours d'un combat dans les environs de Mercken (Belgique). Il est la 7ème victime de son devoir. Quatre jours plus tard, le MdL Pierre Jolivet est tué dans les environs de Passchendaele (Belgique). Son adversaire était l'Obltn Walter von Bülow du Jasta 36 qui cummule désormais 24 victoires. Le 28 octobre, une patrouille engage un monoplace qu'elle abat dans les environs de Roulers. Cet avion ne sera pas homologué. Le 8 novembre, Deullin abat un Pfalz D III dans les environs de Hollebeke (Belgique). Il s'agit de la 20ème victoire homologuée de l'escadrille N 73 / SPA 73. Le 12 novembre, Le Slt François Battesti ajoute une nouvelle victoire à son palmarès, en l'occurance un avion descendu à l'Ouest de la forêt d'Houthulst (Belgique). Malheureusement une nouvelle tragédie vient endeuiller la 73 qui perd le Cne Charles Duval, dont le SPAD VII n° 1641 part en vrille au retour d'une mission et s'écrase. Le 13, deux pilotes américains, respectivement le Cal Charles Biddle de la SPA 73 et le Sgt Georges Turnure de la SPA 103, s'unissent et combattent un adversaire dans les environs de Paschendaele (Belgique). Hélas pour eux, la perte de cet avion ne sera validée. Le 18 novembre, le MdL Louis Paoli pose son avion aux Pays-Bas et est interné. Il réussira à s'évader et reprendra sa place, le 7 mars 1918. Le 5 décembre, le caporal américain Charles Biddle remporte sa première victoire homologuée contre un biplace qu'il descend dans les lignes britanniques, près de Langemarck. Le 9, la SPA 73 quitte Bergues et embarque matériels et personnels à la gare de Mayenburg (Belgique) et arrive en gare de Villers-Cotterets, le 11 décembre.

Le 3 janvier 1918, une patrouille de la 73 s'en prend à un avion qu'elle abat dans les environs de Réservoir, près de Reims (Marne). Faute de témoins extérieurs au dispositif français, cet appareil ne sera pas homologué. Le 15, la SPA 73 quitte le terrain de Maisonneuve. L'embarquement des personnels et des matériels a lieu en gare de Villers-Cotterets et l'unité s'installe sur celui de Beauzée-sur-Aire (Meuse), le 16 à 11 heures. La SPA 73 est intégrée au groupe de combat n° 19 (ordre n° 3345 / M du Général commandant en chef), le 8 février 1918. Le GC 19 est lui-même intégré à l'escadre de combat n° 1, le 10 février. Le 26 février, toutes les escadrilles devant constituer le GC 19 l'ont rejoint. Il s'agit des escadrilles SPA 73 - SPA 85 - SPA 95 - SPA 96. Ses escadrilles vont être engagées dans des missions de chasse pure en patrouille, dans l'escorte des unités de bombardement et de reconnaissance. Le 13 février à 5h00, l'unité quitte Beauzée-sur-Aire, embarque à la gare de Givry-en-Argonne et s'installe sur le terrain de Villeseneux, le 14 février. Elle est engagée sur la Marne avec l'ensemble des unités de l'escadre de combat n° 1. Le Cne Pierre Cahuzac, issu du 70ème bataillon de Chasseurs et titulaire du brevet de pilote militaire n° 503, en date du 2 août 1914, remplace le Cne Deullin, qui prend le commandement du GC 19, à compter du 14 février 1918.

Missions et Tactiques de Combat

Les missions de l'escadrille N 73 / SPA 73 étaient variées et cruciales pour le déroulement des opérations militaires. Initialement, les chasseurs étaient chargés d'attaquer les Drachens (ballons d'observation) à chaque fois que l'infanterie devait sortir des tranchées et de protéger les missions de reconnaissance photo au-dessus et derrière les lignes ennemies. Au fil du temps, les missions ont évolué pour inclure des patrouilles de chasse pure, l'escorte des unités de bombardement et de reconnaissance.

Les groupes de chasse, à tour de rôle, mettaient en œuvre trois avions placés en alerte et une permanence de deux avions patrouillant au-dessus de 5500 mètres, à la verticale de la Marne, entre Châlons et Epernay. Cette patrouille devait attaquer toute incursion ennemie tentant de franchir la Marne à haute altitude. Les pilotes de ces appareils étaient dotés de masques inhalateurs. Seuls les avions s'enfonçant dans les lignes françaises de plus de 15 km pouvaient être attaqués, sans jamais les poursuivre jusqu'aux lignes. Les pilotes recevaient l'ordre de ne pas dépasser Châlons à l'Est et Epernay à l'Ouest.

L'état-major de l'escadre n° 1 a établi des règles d'utilisation et d'engagement très strictes lors de l'engagement simultané des groupes de chasse et de bombardement. Par exemple, une patrouille d'avant-garde à haute altitude devait attaquer toute formation adverse rencontrée sur l'itinéraire de la mission. En aucun cas, ces avions ne devaient se laisser écarter du gros du dispositif et devaient être capables de les secourir le cas échéant. Suivaient six groupes de cinq Breguet 14B2 escortés par sept patrouilles de cinq SPAD XIII. Les patrouilles de chasse étaient réparties de manière stratégique, une en tête, deux en queue, deux à 500 mètres au-dessus des bombardiers de tête et à la hauteur des premiers, et finalement deux à 500 mètres au-dessus de la queue, légèrement en avant des derniers avions. Enfin, les patrouilles d'arrière-garde à haute altitude attaquaient les avions qui menaçaient les flancs et l'arrière du dispositif. En outre, une des dernières patrouilles était en charge de protéger les retardataires.

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Emblème et Reconnaissance

Initialement, l'escadrille N 73 a adopté comme emblème un oeuf laissant apparaître une silhouette de femme. Le Groupe de Combat 19 (SPA 73 - SPA 93 - SPA 95 - SPA 96) a été décrit comme une "Unité remarquable de puissance de combat et d'une valeur morale de premier ordre."

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