La Société de Tir de Verdun, la plus ancienne association sportive de la ville régie par la loi de 1901, possède une histoire riche et complexe, marquée par les conflits, les évolutions sociales et l’engagement de ses membres. Cet article explore les différentes facettes de cette société, de ses origines militaires à son rôle actuel dans le paysage sportif local.
Les Racines Militaires et la Préparation Militaire
Après le traité de Versailles et le départ de l’occupant prussien en septembre 1873, Verdun, de par sa proximité avec la frontière, est devenue une place forte mondialement connue. C’est dans ce contexte qu’en 1877, le régiment d’infanterie territoriale de la ville créa « la société de tir et de préparation militaire de Verdun », destinée à former la jeunesse au tir. Le stand militaire de la gare, construit à cette époque, est toujours en service aujourd’hui. Cette initiative reflète l’importance accordée à la préparation militaire dans une région frontalière, où la défense du territoire était une préoccupation constante.
À Lunéville, les sociétés de tir présentaient des caractéristiques militaires et sportives. Les plus anciennes sociétés de tir qui apparaissent dans le département de la Meurthe en 1867-1868 sont des sociétés de francs-tireurs. Nancy, Toul et Lunéville ont leur société de francs-tireurs, ainsi que Frouard, localité industrielle au nord de Nancy. En 1882, le maire de Lunéville FERRY, et le docteur Louis JOB demandent l´autorisation de créer dans cette commune une société pour la propagation de l´éducation gymnastique et militaire dans l´arrondissement de Lunéville. Ils projettent de créer dans cette ville un bataillon de 16 à 21 ans dont les membres seront initiés gratuitement au stand et dans les salles des sociétés existantes. Ils veulent instaurer à Lunéville des revues, des concours et des fêtes où seront convié les cercles et les bataillons. La société comprend des sections rurales à Saint Clément, Laronxe, Chenevières et Chanteheux. Ses instructeurs sont ceux du bataillon scolaire de Lunéville.
La Transition vers une Société Civile
Après la Seconde Guerre mondiale, l’activité de la Société de Tir de Verdun reprit dans un vieux manège à chevaux, et la STPM (Société de Tir et de Préparation Militaire) devint civile. Ce changement de statut marque une évolution dans la vocation de l’association, qui s’oriente davantage vers la pratique sportive du tir que vers la préparation militaire.
Construction du Stand Actuel et Évolution Récente
Le stand actuel a été construit au début des années 1970 par des bénévoles sous la conduite d’un capitaine de gendarmerie, après l’achat du terrain par l’association. Il est situé au bout de la zone industrielle de Tavannes. Cette initiative témoigne de l’engagement des membres de la société et de leur volonté de se doter d’installations modernes et adaptées à la pratique du tir sportif.
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Lors de la suppression du service militaire sous Jacques Chirac, le nom de l’association change pour devenir « Société de tir de Verdun ».
La Société de Tir de Lunéville : un exemple similaire
La Société de Tir de Lunéville offre un parallèle intéressant avec celle de Verdun. Fondée dans un contexte similaire de préparation militaire, elle a également traversé des périodes de transformation et d'adaptation.
27 Juin 1867 : Lettre au préfet de la Meurthe sur la création de la Société des Francs-Tireurs de Lunéville. Parmi les adhésions à la société, on relève celles des principaux fonctionnaires et des personnes les plus honorables de la ville. Cette réunion n´a aucun caractère politique. 3 Aout 1867 : Arrêté du Préfet de la Meurthe autorisant "La Société des Francs-Tireurs" de l´arrondissement de Lunéville. 1871 : Lunéville est devenue une importante garnison allemande composée de troupes appartenant à la Landwerhe bavaroise. Durant l´occupation du pays, la Société ne pouvait pas maintenir ses activités. Tous les ans, elle donne des concours de tir auxquels prennent part les Sociétés de tir françaises, d´Alsace-Lorraine et les officiers de l'armée active de la réserve et de l´armée territoriale. Depuis 1874, elle donne des cours gratuits de tir pour les jeunes gens de 16 à 20 ans.
Après les guerres, la société a connu des difficultés et des périodes de reconstruction. Par exemple, 1920 : Il ne reste que quelques vétérans du 41e R.I.T et la section tir initiale est devenue incapable de fonctionner. 1921 : La nouvelle socété de tir qui a pour titre "Société de tir de Lunéville" reçue son agrément du Ministre de la guerre sous le numéro 10307, et est inscrite au J.O du 19 novembre 1921.
Tout comme à Verdun, la Société de Tir de Lunéville a su évoluer avec son temps, en s'adaptant aux nouvelles réalités sociales et sportives. Elle a maintenu un lien fort avec l'armée, tout en développant une offre de pratique du tir ouverte à tous les publics.
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La Bataille de Verdun et son Impact
Il est impossible d’évoquer l’histoire de Verdun sans mentionner la bataille qui s’y est déroulée en 1916. Cette bataille, l’une des plus sanglantes de la Première Guerre mondiale, a marqué profondément la ville et ses habitants.
La bataille de Verdun s’est déroulée du 21 février au 18 décembre 1916 sur les hauteurs nord de la ville de Verdun. Dix mois pendant lesquels, Français et Allemands se sont affrontés. De par son ampleur et la violence des combats menés, cette bataille marque un des temps forts de la Grande Guerre dont elle représente le paroxysme des combats. Elle résume à elle seule la Première Guerre mondiale dans toutes ses composantes et fait de Verdun son lieu de mémoire emblématique.
Les Dates Clés de la Bataille de Verdun :
- 21 février 1916: Les Allemands lancent l’attaque sur Verdun et déclenchent un déluge de feu « Trommelfeuer » sur les forts et les tranchées.
- 25 février 1916: Après avoir percé les premières positions de défense françaises, les Allemands s’emparent sans combat du Fort de Douaumont.
- 6 mars 1916: Les Allemands attaquent également sur la rive gauche de la Meuse. Malgré les assauts furieux de mars, avril et mai sur le Mort-Homme et la cote 304, ils n’arrivent pas à rompre le front français.
- 2 au 7 juin 1916: Les Allemands assiègent le Fort de Vaux et finissent par le capturer.
- 23 juin 1916: Les Allemands déclenchent leur plus grande offensive sur le front de Verdun qui échoue de peu devant Souville, dans le village de Fleury-devant Douaumont et sur l’ouvrage de Froideterre.
- 1er juillet 1916: Les Anglais et les Français déclenchent une grande offensive dans la Somme. Celle-ci permet de soulager la pression exercée par les Allemands à Verdun.
- 11 et 12 juillet 1916: Les Allemands tentent une dernière fois de s’emparer de la ville mais ils échouent à nouveau.
- 24 octobre 1916: À l’automne 1916, les Français passent à la contre-attaque. Ils reprennent le fort de Douaumont. Quelques jours plus tard, ils pénètrent dans le fort de Vaux évacué par les Allemands.
Les pertes s’élèvent à plus de 163 000 morts et 216 000 blessés pour les Français, à 143 000 morts et 190 000 blessés pour les Allemands soit un total de près de 700 000 pertes sur ce champ de bataille pour l’année 1916.
9 villages (Fleury, Bezonvaux, Haumont, Beaumont, Cumières, Vaux, Ornes, Louvemont, Douaumont) ont été rayés de la carte et n’ont jamais été reconstruits.
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La Société de Tir de Verdun, créée dans ce contexte de tensions et de préparation à la guerre, a été naturellement influencée par cet événement majeur. Elle a contribué à la formation de nombreux jeunes au maniement des armes, préparant ainsi la population à d’éventuels conflits.
Le 151e Régiment d'Infanterie et le CFIM
Le centre de formation initiale des militaires du rang de Verdun fait ainsi partie de ces centres de formation répartis sur le territoire national et dépend plus précisément de la brigade du renseignement et de cyber-électronique (BRCE). Le centre de formation initiale des militaires du rang s’est vu confier la garde du drapeau du 151e régiment d’infanterie. Le 151e régiment d’infanterie fut créé par l’empereur Napoléon 1er le 2 janvier 1813. En 1916, il occupe le Mort-Homme et y gagne sa quatrième inscription « VERDUN 1916 » et sa devise : Verdun, on ne passe pas. En particulier, la 11e compagnie d’instruction, avec ses jeunes recrues en formation, se couvre de gloire en montant à l’assaut des positions allemandes en chantant la Marseillaise. La compagnie y gagnera une Croix de Guerre avec palmes à cette occasion. Après cette bataille, le régiment est envoyé sur les fronts de la SOMME 1916, de l’AISNE 1917 et du SOISSONNAIS 1918 où il se couvre de gloire. Il combat à nouveau dans les rangs de la 42e division d’infanterie de 1939 à 1940. En 1942, le régiment est dissous suite aux combats en Champagne-Ardenne et reconstitué en 1945. L’encadrement permanent (actuellement une trentaine de personnes), affecté au CFIM - 151e RI, est chargé du commandement, de l’organisation, du fonctionnement et de l’instruction spécialisée (ex : moniteur de sport, instructeur et moniteur de tir, spécialistes de la pédagogie).
Le centre de formation initiale des militaires du rang -151e RI de Verdun se trouve en réalité à Thierville-sur-Meuse. La gare la plus proche se situe à Verdun.
Société de tir de Thaon-les-Vosges : un autre exemple d'évolution
L'histoire de la société de tir de Thaon-les-Vosges offre un autre éclairage sur les défis et les adaptations des clubs de tir au fil du temps.
Des Débuts Difficiles à la Reconstruction (1945-1951)
La Société de tir de Thaon-les-Vosges a connu des débuts difficiles après la Seconde Guerre mondiale. Lors de la réunion de reprise du 5 octobre 1945, il fut constaté que le stand de l’eau blanche était presque entièrement détruit par les faits de guerre et l’occupation. Tout le matériel (cibles, tables, bancs, pupitres) était également détruit. La remise en état, qui dépendait des Etablissements GILLET THAON, propriétaire, ne se fit qu’en 1946/47.
Malgré ces difficultés, la société a tenté de reprendre ses activités dès 1948, avec une centaine de tireurs inscrits. En 1950, l’ES Thaon tir fit l’achat de deux carabines de calibre 6mm destinées à l’entrainement des deux nouvelles catégories ‘’Dames’’ et ‘’Scolaires’’. L’année 1951 fut une année record en nombre de cotisants, avec 380 tireurs licenciés, faisant de la section de tir de Thaon la plus importante de Lorraine pour la troisième année consécutive.
Diversification et Adaptation (1951-1972)
En 1951, l’ES Thaon Tir rencontra des problèmes d’approvisionnement de munitions, dont le coût était devenu prohibitif. En conséquence, une compagnie d’Archer fut créée, sous les hospices de la Fédération Française du Tir à l’Arc. Cependant, il ne sera plus fait mention de cette section de tir à l’arc dans les archives de la Société de tir.
Au cours de cette année 1951, le stand de l’eau blanche s’est encore agrandi et embelli avec la construction d’un stand à 12 et 20 m avec rameneurs de cibles modernes pour le tir au pistolet et à la carabine.
En 1970, le stand de tir de l’eau blanche fut vandalisé. En ce début des années 70, le pont permettant l'accès au stand est devenu peu à peu impraticable par manque d’entretien. Suite au déclin de la BTT, l’entretien des installations reposait donc désormais en totalité sur les épaules de la municipalité Thaonnaise. Le stand de tir de l’eau blanche fut fermé en 1972.
Le Renouveau et l'Innovation (1972-Aujourd'hui)
La fermeture du stand de l’eau blanche marqua un tournant dans l’histoire de la Société de tir de Thaon-les-Vosges. Dès 1927, des projets d’abri pour le tir à la carabine et au pistolet en cas de mauvais temps avaient été envisagés. En 1969, il fut décidé d’ouvrir à la Rotonde une école de tir pour initiation et de perfectionnement.
En 1971, la section tir de l’EST reçut l’autorisation d’utiliser la ‘’salle des sports’’ du Foyer Social, en vue de sa transformation en stand de tir - 10 m- moderne et réglementaire. Les premiers travaux portèrent sur la mise en place de rameneurs électriques, sur l’éclairage, sur la peinture des murs, etc.
L’école de tir de Thaon-les-Vosges fut créée par M. KOCHER à la fin des années 60. Cette école sera stimulée en 1974 par son successeur à la Présidence de l’ES Thaon tir, M. Pierre CONREAUX et par les nouveaux entraineurs, M.M. Francis PARISSOT et Bernard MULLER.
Malgré l’étroitesse des lieux d’entrainements et les complications organisationnelles, les résultats continuèrent d’être au rendez-vous. En 1985, le tir à l’arbalète à 10 m fit son apparition au sein de la Section tir de l’EST.
Pendant plusieurs décennies, la Société de tir de Thaon aura bénéficié d’installation haut de gamme. Il y avait le magnifique site de l’eau blanche pour la période estivale et celui de la Rotonde pour les périodes hivernales. Les problèmes commencèrent avec la fermeture de l’eau blanche. A ce moment, la Société se trouve amputée d’un élément essentiel pour l’entrainement des licenciés : les stands à 50 m. Conséquence logique et immédiate à cette situation délicate : le nombre de licencié descend dangereusement et avec lui, les disponibilités financières… les membres du bureau de l’époque sont donc contraints de prendre des décisions douloureuses pour ne pas sombrer : c’est la fin des balles vendues à prix coutant aux tireurs, c’est une revue à la baisse du nombre de prise en charge financière (déplacements et inscriptions) lors des compétitions, c’est aussi l’étude de la fin de la gratuité pour les jeunes de l’école de tir.
En 1985, M. BONTEMPS, représentant la municipalité, demanda qu’il ‘’…soit établi rapidement un dossier, afin que la Municipalité puisse programmer les travaux dont l’étude est prévue pour 86-87…’’ En 1991, cette première tranche réalisée est opérationnelle au quart de ces possibilités. Et déjà les tireurs prennent possession de leur stand inachevé, et déjà le nombre d’adhérents n’est plus bridé volontairement faute de place à 70 personnes comme c’était le cas en 1989/90. Sur décision du comité en date du 16 octobre 1993, le siège social est désormais au stand de tir des Aviots.
Toujours à la recherche de nouveautés et d’innovations propre à améliorer la technique de ses tireurs, le dynamique Président, M. MULLER, ira même jusqu’à monter un dossier visant à faire entrer le tir sportif dans les épreuves facultatives du Baccalauréat à Epinal. Autre innovation sortie de l’imagination de M. MULLER, des séances d’entrainements spécifiques données par un maître… nageur !
Au fait de son savoir-faire en matière d’organisation de grandes compétitions, le stand ‘’Bernard MULLER’’, de l’ES Thaon tire reçoit régulièrement des compétitions de toutes sortes, des stages nationaux, des championnats de France et mêmes d’Europe. Ce qui amènera d’ailleurs M. BOUTTEVILLE Gérard (ci-contre), Président de l’IAU (l’Internationale Armbrustschützen Union = Union Internationale d’Arbalète), à attribuer au club de Thaon les Vosges ‘’…un record du monde, celui de la réalisation de grandes compétitions internationales. Et enfin le samedi 21 mai 2011, à l’issue des championnats de France qui venaient de se dérouler sur trois jours au stand de tir Thaonnais, M. M. déclarera ‘’Avec cette extension, il est au top au niveau national. Il est l’un des trois meilleurs Français en nombre de cibleries, mais aussi en qualité.
Cette histoire illustre la capacité d'une société de tir à surmonter les obstacles, à se diversifier et à innover pour assurer sa pérennité et son développement.
Le Club de Tir du Thiaucourtois : un exemple plus récent
L'histoire du Club de Tir du Thiaucourtois, bien que plus récente, illustre la passion et l'engagement nécessaires pour créer et maintenir une association de tir.
En juillet 1982, quelques passionnés de ce sport, créeront le Club de Tir du Thiaucourtois et installeront un stand sur la commune de Jaulny, au croisement des chemins communaux de Jaulny / Viéville. Les hivers étant rigoureux, on installera un stand 10 m pour les armes à air comprimé dans une cave place de l’Eglise (sous le bâtiment Radio RDM). Début septembre 1985, le club s’installe dans de nouveaux locaux en dur qui ont été construits par ses adhérents. C’est à l’emplacement de l’actuel Stand, situé près du Viaduc de la Ligne LGV.
Le stand 10 m de la Place de l’Eglise n’y suffisant plus, il faut trouver d’autres locaux. C’est la que se situe maintenant le stand 10 m à air comprimé du Club. Nous disposons de 6 pas de tir avec des rameneurs électriques et 5 autres avec des rameneurs manuels. En automne 2008, on cherche un terrain afin d’y aménager un Stand 200m pour tirer au fusil. Au printemps, après accord de la Municipalité, les plans sont faits et les travaux de terrassements sont lancés le mercredi 24 février 2010. Le 30 mai 2010 on tire les premières cartouches d’essais dans la boue sur ce nouveau Stand.
Il nous faut quand même remercier également la Commune de Thiaucourt pour son aide financière importante qui nous a permis de réaliser et de financer une partie des travaux. En 2017, de la terre végétale est achetée afin de réhausser la bute du Stand 50m et améliorer la sécurité des installations. Nos effectifs fluctuent entre une centaine et 120 adhérents (en 2022: 101 personnes entre 21 et 87 ans).
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