L'armée américaine a franchi une étape importante en déployant son premier dispositif équipé d'une arme laser, signe des mutations profondes induites par le conflit en Ukraine. Ce système, baptisé « DE M-Shorad » (Directed Energy Maneuver Short-Range Air Defense), combine des lasers de 50 kilowatts montés sur des véhicules blindés Stryker. L'objectif principal de ces DE M-Shorad est d'abattre en plein vol des drones et des obus d'artillerie tels que des mortiers et des roquettes, tout en étant en mouvement.
Le DE M-Shorad : un système d'arme laser mobile et polyvalent
Le DE M-Shorad est conçu pour offrir une protection mobile aux forces offensives, comme les colonnes de chars ou d'autres Stryker. Il est équipé d'un système de détection, de suivi et de ciblage des menaces aériennes, éliminant ainsi le besoin de soldats utilisant des jumelles pour repérer les drones. L'énergie dirigée, c'est-à-dire le laser, concentre un faisceau intense de lumière sur une cible pour la détruire par la chaleur, un peu comme le soleil brûlant une fourmi à travers une loupe.
Cette capacité à abattre des projectiles d'artillerie au-dessus du champ de bataille est une avancée significative, surtout en raison de son coût relativement faible. Traditionnellement, des missiles guidés coûteux étaient nécessaires pour intercepter les obus d'artillerie, ce qui était une solution peu économique. Le rapport prix-efficacité des nouveaux Stryker à laser est donc incomparable. Bien que l'investissement initial soit élevé, le coût par tir se limite au coût du diesel nécessaire pour alimenter l'arme.
Le système d'engagement laser multiple intégré (MILES) : un outil de formation essentiel
Le système d'engagement laser multiple intégré, ou MILES (Multiple Integrated Laser Engagement System), est largement utilisé par l'armée américaine et d'autres forces armées dans le monde à des fins de formation. Il permet de simuler des combats réels de manière inoffensive en utilisant des cartouches à blanc et des faisceaux laser.
Chaque soldat porte de petits capteurs laser dispersés sur son corps, qui détectent lorsqu'il est "touché" par le laser d'une arme à feu. Chaque émetteur laser est réglé pour imiter la portée effective de l'arme sur laquelle il est utilisé. Lorsqu'une personne est "touchée", un médecin peut utiliser l'affichage numérique pour déterminer la méthode de premiers soins à pratiquer.
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Les capacités des différents systèmes MILES peuvent varier considérablement, mais en général, tous les systèmes modernes contiennent des informations sur le tireur, l'arme et les munitions dans le laser. Lorsque cette information est reçue par la cible, le système MILES de la cible utilise une plage de nombres aléatoires et une table de recherche de probabilité de pertes pour déterminer le résultat.
Introduit dans l'armée américaine pour l'entraînement en tir direct et en entraînement force contre force dans les centres d'exercice au combat lors de tests opérationnels en 1978 et 1979, MILES a été conçu pour simuler les armes, les caractéristiques des armes et les effets d'une famille de systèmes d'armes incluant l'infanterie, les blindés et les avions.
Le guidage laser des armements air-sol : une évolution technologique
Le guidage par laser des armements air-sol n'est pas une nouveauté. Dès 1963, le développement de l'optoélectronique aux États-Unis a permis la réalisation d'un missile et d'une bombe guidés par télévision. Le conflit du Vietnam a mis en évidence la nécessité d'améliorer la précision de cette technologie.
Les contraintes opérationnelles de la mission d'assaut, associées au souci de préserver le potentiel aérien, ont justifié l'étude et la réalisation d'un armement air-sol précis pouvant être tiré hors du domaine des défenses antiaériennes de l'objectif (distance stand off). La mission principale des forces aériennes tactiques est l'appui aérien. Les objectifs traités par une mission d'appui rapproché des troupes amies sont camouflés, blindés ou non, et en général mobiles. En revanche, ceux d'une mission d'interdiction du champ de bataille aux troupes ennemies, de neutralisation du potentiel militaire et économique ou de destruction de l'infrastructure adverse - ponts, radars, barrages, abris - sont durcis, généralement bien localisés et protégés par des défenses antiaériennes.
La précision et la liberté de manœuvre pour l'avion sont deux caractéristiques primordiales. Les munitions classiques, bombes, roquettes, obus, ne sont pas dotées de dispositifs de guidage terminal, et présentent l'inconvénient majeur de s'écarter de la trajectoire prévue sous l'influence de paramètres (variations du vent par exemple) impossibles à intégrer par les meilleurs calculateurs de tir. Pour minimiser les conséquences de ce défaut, il était donc nécessaire d'adopter des techniques d'attaque à basse altitude, qui imposaient de faibles distances d'ouverture du feu ou de largage des bombes. Mais ces méthodes contraignent les avions à pénétrer dans le volume d'efficacité des défenses sol-air adverses, ce qui explique les taux de pertes élevés que rencontre généralement l'aviation d'assaut dans tous les conflits.
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L'Iron Beam israélien : une percée dans la technologie des armes laser
Israël a développé un modèle d'arme laser utilisable et facilement déployable, l'Iron Beam, qui pourrait modifier le champ de bataille. L'arrivée à maturité opérationnelle d'Iron Beam est un jalon important dans un contexte de menaces croissantes contre Israël, notamment depuis l'attaque du 7 octobre 2023. Le pays a été confronté à une intensification des frappes de roquettes, missiles et drones provenant du Hamas, du Hezbollah, des milices irakiennes des Houthis et l'Iran.
Le système de défense aérienne israélien repose sur une architecture en plusieurs couches, conçue pour protéger le territoire contre des menaces de nature et de portée variées. Au cœur de cette défense, le Dôme de Fer constitue la première ligne face aux tirs de roquettes et d'obus de mortier en provenance de Gaza, du Liban ou d'autres zones hostiles. Au-delà de cette première couche défensive, Israël a développé la Fronde de David, un système conçu pour intercepter des menaces plus sophistiquées, telles que les missiles balistiques à moyenne portée et les missiles de croisière. Enfin, la dernière ligne de défense repose sur le système Arrow, destiné à intercepter des missiles balistiques de longue portée, y compris ceux qui pourraient transporter des ogives nucléaires.
Toutefois, le coût de chaque interception est élevé. Le Dôme de Fer utilise des missiles Tamir coûtant environ 60 000 dollars par interception. La Fronde de David a un coût d'interception estimé à 1 million de dollars par missile Stunner. Toutes ces contraintes ont conduit Israël à rechercher des alternatives plus économiques et plus simples logistiquement.
L'un des aspects les plus remarquables de cette avancée réside dans la résolution d'un problème qui a longtemps entravé le développement des armes laser : la dispersion de l'énergie dans l'atmosphère. L'Iron Beam repose sur un tir synchronisé de centaines de micro-faisceaux de la taille d'une pièce de monnaie, qui permettent de concentrer progressivement l'énergie sur une zone ciblée.
Si les ambitions technologiques du système sont indéniables, plusieurs faiblesses demeurent. La portée effective de l'Iron Beam reste limitée à environ 7 kilomètres. De plus, la densité atmosphérique et les conditions météorologiques risquent malgré tout d'affecter la performance des faisceaux laser. Un autre problème majeur réside dans la puissance énergétique requise pour un fonctionnement optimal.
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Malgré ces défis, l'Iron Beam constitue une avancée considérable qui pourrait redéfinir les stratégies de défense à court et moyen terme. Son intégration avec le Dôme de fer permettrait d'améliorer encore l'efficacité de la défense israélienne tout en réduisant les coûts par interception se limitant désormais à la consommation d'énergie du système. Rafael Advanced Defense Systems, l'entreprise derrière le développement de l'Iron Beam, cherche déjà à l'exporter.
La France et le HELMA-P : une solution de défense rapprochée contre les drones
Dans la course à l'armement laser, la France figure parmi les pays les plus avancés dans ce domaine. Le HELMA-P (High Energy Laser for Multiple Applications - Power), développé par la société française Cilas, est avant tout une solution de défense rapprochée contre la menace des drones. La guerre en Ukraine a démontré que les drones peuvent saturer les défenses adverses à moindre coût, rendant indispensable une nouvelle approche de l'interception.
Le HELMA-P repose sur un laser de moins de 100 kW, capable d'endommager les composants critiques d'un drone, le rendant inopérant à une distance d'environ un kilomètre. Si l'Iron Beam est conçu pour être intégré dans un réseau de défense existant, il n'est pas encore prouvé qu'il puisse remplacer totalement les missiles intercepteurs traditionnels. Certains projectiles, notamment ceux à haute vitesse ou aux trajectoires complexes, pourraient nécessiter des moyens plus conventionnels. De la même manière, le HELMA-P, bien que prometteur, reste limité aux cibles lentes et peu protégées.
Malgré ces défis, le développement du HELMA-P et de l'Iron Beam marque une étape cruciale dans l'évolution de la guerre moderne. L'avenir de ces technologies dépendra de leur capacité à s'intégrer dans les doctrines militaires existantes et à démontrer leur fiabilité en conditions réelles.
L'US Navy et les armes laser : une décennie de recherche et de développement
Depuis les années 2000, l'US Navy a accéléré ses recherches en vue de mettre au point des armes à énergie dirigée destinées à être embarquées à bord de ses navires. En 2014, l'USS Ponce a accueilli à son bord le « Laser Weapon System » (LaWS), développé par Kratos Defense & Security Solutions, affichant une puissance comprise entre 30 et 50kw.
Après une évaluation technico-opérationnelle, l'US Navy a accentué son effort dans ce domaine, en lançant plusieurs projets, dont le Laser Weapons Systems Demonstrator (LWSD), suite logique du programme LaWS. Installé à bord du navire d'assaut amphibie USS Portland, ce laser à semi-conducteurs d'une puissance de 150 kw a fait l'objet d'au moins deux démonstrations réussies, dont l'une en 2020, contre un drone, et l'autre en décembre en 2021, contre une « cible d'entraînement de surface statique ».
Parmi les autres projets de la marine américaine, le système ODIN (Optical Dazzling Interdictor, Navy) n'est pas conçu pour détruire une cible mais pour avertir des embarcations ou des aéronefs potentiellement hostiles à ne pas s'approcher d'un navire et « aveugler », le cas échéant, leurs capteurs. Le « destroyer » USS Dewey a été le premier bâtiment à en être équipé. Autre projet, le LLD (pour Layered Laser Defense), d'une puissance de 150 kw, est destiné aux navires de combat littoral (LCS - Littoral Combat Ship). Il a récemment été testé avec succès contre un drone-cible de type Beechcraft MQM-107 depuis le White Sands Missile Range, au Nouveau-Mexique.
Également développé depuis 2018 par Lockheed-Martin, le système HELIOS (pour High Energy Laser with Integrated Optical-Dazzler and Surveillance) doit équiper les destroyers de la classe Arleigh Burke. Un premier exemplaire a été livré à l'US Navy en août 2023, en vue d'une campagne d'essais. D'une puissance allant de 60 à 120 kw, « HELIOS améliore l'efficacité globale du système de combat du navire pour dissuader les menaces futures et fournir une protection supplémentaire aux marins ». Ce laser « HELIOS » doit être installé à bord du destroyer USS Preble. A priori, il sera intégré à son système de combat AEGIS.
Avantages et inconvénients des armes laser
Une arme laser présente au moins trois avantages : elle est extrêmement précise, son coût d'utilisation est très faible (un « tir » coûte un dollar, à comparer avec celui d'un missile surface-air) et elle permet évidemment de se passer d'explosifs, ce qui ne peut qu'accroître la sécurité d'un navire. En revanche, leur usage dépend de plusieurs facteurs, à commencer par les conditions météorologiques.
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