De son vivant, Napoléon Ier était déjà un mythe, et sa chute en 1814, suivie de sa mort sept ans plus tard, n'ont fait qu'amplifier ce phénomène. Depuis lors, sa figure est devenue une véritable légende, cristallisant des passions contradictoires, entre admiration et haine. L'exécution du duc d'Enghien est un épisode sombre de l'histoire du futur empereur.
Contexte de l'exécution du duc d'Enghien
En 1803, la France fait face à une double opposition : celle des Anglais, qui déclarent la guerre, et celle des royalistes émigrés. Cette situation déclenche une série de conspirations à travers l'Europe, dont la plus célèbre est celle de Georges Cadoudal. Ce chef chouan, réfugié à Londres et fervent monarchiste, débarque le 23 août 1803 sur les côtes françaises avec l'intention d'enlever le Premier consul et de le conduire en Angleterre.
Louis Antoine Henri de Bourbon, duc d'Enghien et dernier descendant de la lignée des Condé, est arrêté en territoire étranger, en violation du droit international. Il est transféré en France et incarcéré à Vincennes le 20 mars.
L'exécution : un acte controversé
L'exécution du duc d'Enghien est un acte sommaire et arbitraire, qui soulève une vague d'indignation en Europe. Elle inspire de nombreux écrivains et peintres, notamment l'artiste britannique napoléonophobe qui réalise une eau-forte en 1814, au moment de la chute de Napoléon Ier. La scène se déroule dans une grotte éclairée par la lanterne du duc, tandis que les soldats attendent l'ordre de tirer. Bonaparte, dominant la scène, gesticule et vocifère.
Jean-Paul Laurens (1838-1921), peintre français républicain, immortalise également cet événement politique dans une série de toiles célèbres. L'une d'elles, intitulée L'Exécution du duc d'Enghien dans les fossés de Vincennes, représente le moment où trois soldats viennent chercher le duc pour le fusiller. Le duc, droit et rigide, est éclairé par la lanterne d'un soldat, tandis que ses bourreaux restent dans l'ombre.
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André Belloguet réalise une lithographie anti-impériale pour la revue Pilori-phrénologie. L'inscription sur le front de « Bonaparte le Corse » rappelle sa responsabilité dans la mort du duc d'Enghien.
Conséquences politiques
Bonaparte, par cet acte symbolique dicté par la raison d'État, consolide son pouvoir personnel et précipite sa marche vers l'Empire, proclamé le 18 mai 1804. L'exécution d'un prince de sang permet à Bonaparte de rétablir la monarchie en sa faveur, en instaurant l'hérédité de la dignité impériale, comme sous l'Ancien Régime.
Sous la Restauration, le duc d'Enghien devient un martyr de la cause monarchique, et Louis XVIII fait transférer ses cendres dans la Sainte-Chapelle de Vincennes en 1816. Chateaubriand, opposant au despotisme, consacre de longues pages au duc dans ses Mémoires.
Le sentiment antinapoléonien resurgit après la guerre de 1870 et la Commune de Paris, époque où sont réalisées la toile de Laurens et la caricature de Belloguet.
Le coup d'État du 2 décembre 1851 : Un autre acte de force
Le 2 décembre 1851, Louis Napoléon Bonaparte, président de la IIe République, organise un coup d'État pour se maintenir au pouvoir. L'Assemblée législative refuse obstinément de réviser la Constitution qui l'empêche de se représenter à la magistrature suprême en 1852.
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Au matin du 2 décembre, les Parisiens découvrent une affiche annonçant la dissolution de l'Assemblée législative et du Conseil d'État, ainsi que la convocation d'un plébiscite pour donner mandat au président de rédiger une nouvelle Constitution. Ce coup d'État est accompagné d'une importante opération militaire et policière.
L'armée occupe Paris, tandis que la police arrête des personnalités politiques, dont des militaires (Cavaignac, Lamoricière, Bedeau, Charras, Changarnier) et des orléanistes (Thiers, Rémusat). Deux cent vingt députés libéraux conservateurs se réunissent à la mairie du Xe arrondissement, mais sont arrêtés par la police.
Un comité de résistance républicain est mis sur pied, avec Victor Hugo, Victor Schoelcher, Michel de Bourges, Hippolyte Carnot, Jules Favre et Lamennais. Cependant, Paris semble bien tenu en main, et l'étalage de la force suffit à maintenir la ville silencieuse.
Les raisons du succès du coup d'État
Plusieurs facteurs expliquent la réussite du coup d'État. La surprise est un élément important, car la capitale est paralysée et les représentants sont saisis au saut du lit. La IIe République est installée dans une psychose du coup d'État, et Louis Napoléon lui-même a longtemps hésité avant de prendre cette décision.
Le coup d'État dénoue une crise politique profonde, remontant à la révolution de février 1848. La peur de la révolution hante la IIe République, et les élections à la présidence de la République donnent la victoire à Louis Napoléon Bonaparte, qui n'est pas issu du camp républicain. Il est l'élu des paysans et d'une large majorité du peuple français, pour qui le nom de Napoléon résonne avec patriotisme et gloire militaire.
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La majorité monarchiste entre en conflit avec le président, qu'elle soupçonne de vouloir attenter aux institutions et de s'appuyer sur le peuple pour imposer son jeu. Elle s'attaque au suffrage universel, le ressort le plus important de la république.
Louis Napoléon met sur pied une stratégie pour en finir avec la république et mettre en place un régime au service de ses ambitions. Il s'appuie sur une équipe déterminée, dont Morny, Persigny et Fleury. L'armée est un élément central de son jeu, car Louis Napoléon a compris le parti qu'il pouvait tirer du malaise des militaires, qui se sentent humiliés et n'admettent plus d'être soumis à l'autorité des civils.
Le coup d'État du 2 décembre 1851 est donc un pronunciamiento classique, qui préfigure un empire dans lequel les militaires occupent la première place.
L'ambiguïté du personnage de Louis Napoléon Bonaparte
Louis Napoléon Bonaparte est un personnage ambigu. Il est l'auteur de L'Extinction du paupérisme, l'élu du suffrage universel, l'héritier d'une légende impériale qui intègre les acquis de la Révolution française. Il est attentif à la question sociale, à mi-chemin entre rêverie socialiste et paternalisme classique.
Cette image ne séduit guère les militants républicains, mais elle peut susciter dans une partie des couches populaires une inclination en sa faveur ou, à défaut, un trouble, une hésitation. C'est pourquoi, le 2 décembre 1851, le président peut avancer un argument qui crée la confusion chez les ouvriers parisiens : la république est menacée par un coup de force monarchiste. Le coup d'État ne porte pas un coup fatal à la république, il la sauve, car il rétablit le suffrage universel pour le plébiscite qui doit approuver l'initiative du président.
Les ouvriers, nourrissant des rancunes contre la bourgeoisie depuis juin 1848, demeurent indifférents en voyant l'ancienne majorité chassée par le président. La résistance légale des députés et du Comité républicain se révèle inefficace face à la détermination des putschistes.
La résistance républicaine
Les représentants montagnards tentent d'organiser la résistance armée dans la nuit du 2 au 3 décembre. Ils construisent une barricade avec l'aide de quelques ouvriers du faubourg, mais le gros des travailleurs reste sur la réserve.
Le 3 décembre, le député de l'Ain, Alphonse Baudin, entre dans la légende républicaine en se faisant tuer sur une barricade. Cependant, sa mort ne provoque pas de flambée vengeresse. C'est plus tard qu'il deviendra un « martyr du coup d'État » et mobilisera la ferveur républicaine.
L'appel à la résistance que lancent les autres représentants n'a guère plus d'écho. La résistance s'organise par d'autres chemins, des voies plus diffuses qui relèvent de la mobilisation de quelques sociétés secrètes, d'un réflexe spontané d'hostilité à l'occupation policière, et de la manifestation d'une sorte de mémoire politique des rues et des quartiers d'une capitale qui s'est identifiée à l'esprit révolutionnaire.
La fusillade des Boulevards
Le 4 décembre, la fusillade des Boulevards marque un tournant dans la répression du coup d'État. Des soldats tirent sur des badauds qui regardent défiler les troupes en criant : « Vive la Constitution ! Vive l'Assemblée nationale ! À bas les prétoriens ! »
Le bilan est lourd : environ deux cents victimes et de gros dégâts matériels. Cette fusillade produit une impression immense dans Paris et glace les masses. Désormais, Paris ne bougera plus.
La résistance en province
La résistance en province est un phénomène important, souvent sous-estimé. La plus grande partie de la province, habituée à suivre les impulsions des notables locaux et des représentants de Paris, n'a pas réagi. Cependant, le Sud-Est, ainsi que quelques départements du Sud-Ouest et du Centre, fournissent ses principaux contingents à la résistance républicaine.
Dans les Basses-Alpes, les républicains se rendent maîtres du département avant d'apprendre que le coup d'État a réussi. Ils se dispersent, mais le commandant en chef, Ailhaud de Voix, continue la lutte avec quelques irréductibles.
Dans le Var, des colonnes armées tentent de contrôler les centres administratifs. La plus importante regroupe les habitants des gros bourgs ou villages du centre du département, gagnés à la cause républicaine. Cependant, l'aventure se termine en catastrophe, avec un massacre à Aups.
Dans la Drôme, les combats entre insurgés et forces de l'ordre sont plus importants et plus meurtriers qu'ailleurs. Les républicains tentent d'enlever les positions tenues par les forces de l'ordre à Crest, mais ils sont repoussés par les canons.
Dans le Vaucluse, les communes rurales se soulèvent et marchent sur Apt, prise dans la journée du 7.
Dans le Gard, les légitimistes empêchent que Nîmes, Uzès ou Alès tombent au pouvoir des villageois démocrates.
L'Hérault est le dernier grand foyer contestataire du Sud-Est, avec des affrontements sanglants dans l'arrondissement de Béziers.
L'assassinat de personnalités politiques : Une constante de l'histoire
L'histoire est jalonnée d'assassinats de personnalités politiques. Dans l'Antiquité, César et Cicéron sont des victimes célèbres. Plus près de nous, Napoléon et de Gaulle ont échappé par miracle à des attentats.
Certaines époques sont particulièrement violentes, comme les guerres de Religion, la Révolution et la Seconde Guerre mondiale. Les attentats anarchistes à la fin du XIXe siècle frappent au-delà de notre pays.
Georges Clemenceau, Jean Jaurès, Paul Doumer, Marx Dormoy et l'amiral Darlan sont d'autres exemples de personnalités politiques assassinées.
Emmanuel Macron : Un nom qui résonne avec l'histoire
Emmanuel Macron, fraîchement élu président de la République, a un homonyme dans l'Antiquité : Quintus Naevius Sutorius Macro, dit « Macron », un haut fonctionnaire proche de l'empereur romain Tibère, qu'il a trahi.
Cette coïncidence est troublante, car elle rappelle que des personnages du passé ont des ressemblances avec nos figures politiques actuelles. L'histoire est un éternel recommencement, et les hommes politiques sont toujours confrontés aux mêmes défis : le pouvoir, la trahison, la violence.
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