L'expression "fusiller du regard" est une locution verbale française qui évoque une action non physique, mais néanmoins puissante et expressive. Elle est employée pour décrire un regard chargé d'animosité, de colère, de mépris ou de désapprobation intense. Cet article explore en profondeur l'origine, la signification et les usages de cette expression imagée.
Définition et synonymes
"Fusiller du regard" signifie lancer à quelqu'un des regards pleins d'animosité. Parmi les termes au sens approchant, on retrouve : se toiser, se regarder de travers, se défier du regard. L'expression s’utilise dans un contexte de tension, de conflit, pour dépeindre la façon dont deux personnes se dévisagent froidement sans mot dire. Elles se jaugent avec hostilité, se considèrent avec suspicion sans s’adresser la parole.
Usages et contextes
L'expression "fusiller du regard" est souvent employée dans des contextes où la tension est palpable et où les émotions sont à vif. Elle peut être utilisée pour décrire une situation de conflit, de désaccord ou de forte antipathie.
Dans la littérature et le cinéma
Elle sert à intensifier une scène, à révéler les sentiments cachés d'un personnage ou à créer une atmosphère pesante.
Par exemple, dans Vipère au poing de H. Bazin : « Suffit! glapit Folcoche, cette raie est excellente. Si vous ne la mangez pas, vous aurez de mes nouvelles. (…). La raie fut mangée, sauf par B VII (…). » Ici, le regard est une forme de pression, une menace silencieuse.
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On peut aussi lire dans Le petit bleu de la côte Ouest (Trois hommes à abattre) (1976) : « Il ne cessait de fusiller son visiteur de son regard bleu foncé. »
Exemples littéraires
- « Il la fusilla d'un regard furieux, narquois, insoutenable » (Gracq, Beau Tén.).
- « Sang d'encre au 36-Et de votre côté, des dérapages sentimentaux ? reprit Duhamel qui trouvait l'expression adaptée. -Hein ! Mais ça va pas, non, répondit-elle en le fusillant du regard. »
Analyse du verbe "fusiller"
Il est important de noter que le verbe "fusiller" a d'autres significations, plus littérales, qui peuvent éclairer l'intensité de l'expression "fusiller du regard".
Sens propres
Le verbe "fusiller" signifie :
- Exécuter (un condamné à mort) par une décharge de coups de fusil.
- Tirer des coups de fusil contre une personne, un animal ou une chose.
- Attaquer violemment : "Fusiller quelqu'un de ses épigrammes."
- Photographier ou filmer quelqu'un sans arrêt : Syn. plus cour. mitrailler.
- (Populaire) Détériorer ou dépenser.
Le regard : miroir de l'âme
Car si le visage est le miroir de l’âme, les yeux en sont les interprètes. En effet, nos yeux transmettent (trahissent) nos émotions. Notre regard ne peut mentir même si nous croyons souvent que cela est possible. Son observation donne de précieuses informations sur le niveau d’émotivité de l’autre.
En 2010, dans son livre La Synergologie, Philippe Turchet nous offre un décryptage du sens profond et caché de l’un des outils de communication les plus puissants. Selon cette science, 2 types de message sont transmis par le regard : l’un est conscient et appartient aux codes sociaux ; l’autre est davantage instinctif. Et c’est cette catégorie qui est la plus révélatrice. En effet, nos yeux transmettent (trahissent) nos émotions. Notre regard ne peut mentir même si nous croyons souvent que cela est possible. Son observation donne de précieuses informations sur le niveau d’émotivité de l’autre. Par exemple, lorsque la luminosité ne change pas et que les pupilles de notre interlocuteur se dilatent, c’est le signe d’une forte réceptivité aux émotions. Lorsqu’une personne ressent des émotions assez fortes, ses yeux vont s’humidifier et devenir plus brillants. Lorsque le coin intérieur de l’œil est un peu rouge, c’est le signe que le désir amoureux s’exprime ardemment.
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En 2016, Amnesty International a réalisé une expérience afin de mettre en évidence la théorie d’Arthur Aron, selon laquelle un contact visuel ininterrompu de quatre minutes accroît l’intimité. Cette expérience montre toute la puissance du regard : lorsque vous vous asseyez en face d’une personne et que vous la regardez dans les yeux, vous ne voyez plus ni le pays d’origine, ni la couleur de peau, ni les mensurations. Vous remarquez que l’être humain devant vous est aimant, souffrant, rêvant…
"Se regarder en chien de faïence" : une expression connexe
Il est intéressant de rapprocher l'expression "fusiller du regard" de l'expression "se regarder en chien de faïence", qui décrit également une situation de tension et d'hostilité.
"Se regarder en chien de faïence" est une expression française très connue. On emploie l’expression “se regarder en chien de faïence” pour décrire des individus qui s’observent silencieusement avec une certaine animosité, qui se fixent avec méfiance. La locution s’utilise dans un contexte de tension, de conflit, pour dépeindre la façon dont deux personnes immobiles, placées l’une près de l’autre ou l’une en face de l’autre se dévisagent froidement sans mot dire. Elles se jaugent avec hostilité, se considèrent avec suspicion sans s’adresser la parole.
Origine de l'expression "se regarder en chien de faïence"
Au XVIIe siècle, les gens ne se chauffaient qu’au bois et il était d'usage alors d'orner sa cheminée de babioles décoratives diverses. Parmi ces décorations se trouvait souvent une paire de chiens en faïence posés face à face, pour servir de serre-livres, par exemple. Les petites statues canines, placées l’une en regard de l’autre, donnaient ainsi l'impression de se dévisager avec défiance. Les deux objets, muets et figés, semblaient se confronter sans fin.
Si la grande vogue de la faïence remonte au XVIe siècle, l’expression "se regarder en chiens de faïence" est apparue un siècle plus tard. Dans son dictionnaire historique de la langue française, le linguiste Alain Rey atteste son utilisation en 1690 avec pour définition : “Se regarder avec soupçon, hostilité”. La même année, dans son dictionnaire universel, l’abbé Antoine de Furetière cite comme exemple : « Les chiens se regardent longtemps avant que de se mordre.
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Exemples d'utilisation de "se regarder en chien de faïence"
- « On se regarde en chiens de faïence, on danse peu, et le seul plaisir c'est de voir les mamans qui font tapisserie donner de temps en temps à leur fille un petit coup d'éventail sur les doigts pour les rappeler à l'ordre et faire cambrer la taille. »
- « Il cria fixe ; alors tous ces hommes jeunes pour la plupart se découvrirent immédiatement et me regardèrent en chiens en faïence, pas en face car, comme ils n'ont pas la conscience bien nette, ils craignent toujours une reconnaissance. »
- « Vous comprenez que j'ai hâte et vous aussi sans doute, d'être sortie d'ici [prison] où ça sent mauvais et où on a l'air de nous regarder en chiens de faïence. »
- « Elle ne me le pardonnerait pas et grognerait toute la journée et, comme vous soupez ce soir avec nous, je ne veux pas de chiens de faïence à table. »
- « Tous deux sont rivaux, soutiennent tous deux que leur théâtre respectif est le plus littéraire et la troupe supérieure. Tous deux se regardent en chiens de faïence, mais se donnent la main avec l’apparence d’une certaine cordialité. » (Les Mystères des théâtres de Paris : observations! indiscrétions !! Révélations ! ! !)
- « Les temps ont bien changé mais autrefois, dès qu'on n’était pas d’une même localité, on se regardait en chiens de faïence. »
- « Eh bien, quoi ! Quand on restera une heure à se regarder en chiens de faïence ! Dis ce que tu as à dire.
Le regard canin : comportement et signification
Un chien ayant été correctement sociabilisé évite généralement les regards directs quand il entre en contact avec ses semblables. Le fait de détourner les yeux permet en effet d’apaiser l’ambiance, de montrer une certaine neutralité. Les toutous prennent plutôt les informations en se reniflant l’un l’autre. Lors d’une première rencontre, il arrive que deux canidés se regardent en… chiens de faïence ! En fixant un congénère avec insistance, un chien peut vouloir l’intimider, exprimer sa domination. Si l’autre ne s’éloigne pas, la situation risque de dégénérer. Eh oui, les querelles canines débutent souvent d’un simple regard.
Le basilic : une autre origine possible ?
En français, le nom basilic désigne une plante ou un reptile. Isidore de Séville nous donne l’origine de son nom dans ses Étymologies et présente certaines de ses caractéristiques : « Le nom grec basiliskos est traduit en latin par regulus [petit roi], parce qu’il est le roi des serpents. […] Aucun oiseau ne peut passer sans dommage au-dessus du basilic en volant. Dès le premier siècle de notre ère, dans son Histoire Naturelle, Pline l’ancien en avait déjà fait une description des plus surprenante : « Le serpent appelé basilic […] a sur la tête une tache blanche, qui lui fait une sorte de diadème [cette tache en forme de diadème est, pense-t-on, à l’origine de son nom de « petit roi »]. Il met en fuite tous les serpents par son odeur. Il ne s’avance pas comme les autres en se repliant sur lui-même, mais il marche en se tenant dressé sur la partie moyenne de son corps. » Ce mode de déplacement particulier a parfois laissé supposer que le basilic était en fait un cobra mais la suite de ce passage montre qu’il n’en est rien : « Il tue les arbrisseaux, non seulement par son contact, mais encore par son haleine ; il brûle les herbes, il brûle les pierres, tant son venin est actif. On a cru jadis que, tué d’un coup de lance porté du haut d’un cheval, il causait la mort non seulement du cavalier, mais du cheval lui-même, le venin se propageant le long de la lance. Ce monstre redoutable […] ne résiste pas aux belettes […]. Pour toutes ces raisons le basilic fut très vite considéré comme une incarnation du démon, et parce que la femme n’est jamais loin de ce dernier, c’est bientôt elle qui fut comparée au basilic, son pouvoir de séduction et ses œillades assassines étant assimilés au regard mortel du monstre.
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