Dans un monde marqué par les inégalités croissantes et la domination des multinationales, le sociologue Jean Ziegler lance un appel passionné à la résistance dans son ouvrage "Retournez les fusils ! Choisir son camp". Ce livre, une version revue et enrichie d'un ouvrage paru initialement en 1980, invite à une réflexion critique sur les mécanismes d'assujettissement des peuples et propose des outils analytiques pour transformer le monde.
Un constat alarmant : l'ordre cannibale du monde
Ziegler dénonce avec force "l'ordre cannibale du monde" imposé par les oligarchies du capital financier. Il souligne que toutes les cinq secondes, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim, tandis qu'un milliard d'êtres humains souffrent de sous-alimentation grave et permanente. Simultanément, d'immenses richesses s'accumulent entre les mains d'une minorité toute-puissante. Selon la Banque mondiale, en 2014, les 500 plus puissantes sociétés privées transcontinentales contrôlaient 52,8% du produit mondial brut.
Ces "gigantesques personnes immortelles", comme les appelle Noam Chomsky, échappent à tout contrôle étatique, syndical ou social. Leur seul principe est la maximalisation du profit dans le temps le plus court. Face à cet ordre absurde et meurtrier, les États eux-mêmes, surdéterminés par les oligarchies du capital financier, se révèlent impuissants.
L'idéologie néolibérale : une fatalité construite
Ziegler s'attaque à l'idéologie néolibérale qui prétend que l'économie obéit à des "lois naturelles". Cette idéologie promeut la libéralisation complète des mouvements de capitaux, de marchandises et de services, la privatisation des biens publics et la suppression de toute forme de contrôle public. Elle justifie ainsi la pauvreté des uns et l'extrême richesse des autres comme une fatalité contre laquelle toute résistance serait vaine.
L'auteur dénonce le "grand succès de l'idéologie néolibérale" qui consiste à faire croire que la redistribution se fait "naturellement" à l'apogée de l'expansion. Il met en garde contre le désespoir que provoque cette idéologie, qui alimente le racisme, la xénophobie, le sentiment d'exclusion et d'apartheid.
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La nécessité de choisir son camp et de connaître l'ennemi
Pour Jean Ziegler, "connaître l'ennemi, combattre l'ennemi" est la tâche de l'intellectuel, mais aussi de tout démocrate. Il appelle à faire l'effort d'étudier le capitalisme financier globalisé dans ses moindres stratégies, de confronter celles-ci à l'intérêt général, de choisir son camp et de rallier les mouvements sociaux.
Il souligne que "l'effort des intellectuels ne sert aujourd'hui à rien s'il n'aide pas à identifier l'ennemi : la dictature mondiale des oligarchies du capital financier". Son ouvrage est une invitation passionnée à développer une pensée critique grâce aux nombreux outils analytiques fournis, dont une synthèse des travaux des plus grands penseurs du XXe siècle et la description de cas emblématiques des récentes dérives néolibérales.
La société civile planétaire : un front du refus en construction
Face à la dictature du capital financier globalisé, Ziegler place son espoir dans la société civile planétaire, cette "mystérieuse fraternité de la nuit" qui oppose une résistance fractionnée mais efficace. Il cite en exemple Via Campesina, qui organise 141 millions de petits paysans, métayers, éleveurs nomades et travailleurs migrants à travers le monde, ainsi qu'Attac, Greenpeace, Amnesty International et les mouvements de femmes.
Tous ces mouvements organisent patiemment le front planétaire du refus. Ziegler est persuadé qu'en Europe aussi, "l'insurrection des consciences est proche". Il affirme qu'"il n'y a pas d'impuissance en démocratie" et que "la conscience de l'identité entre tous les hommes est une force révolutionnaire".
Au-delà de la critique : des pistes pour l'action
"Retournez les fusils ! Choisir son camp" ne se contente pas de dresser un constat alarmant et de dénoncer les mécanismes de domination. L'ouvrage propose également des pistes pour l'action, en s'appuyant sur les expériences de terrain de l'auteur et sur les travaux des penseurs critiques.
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Ziegler appelle notamment à :
- Lutter contre la spéculation sur les aliments de base : Il dénonce les capitalistes qui font un maximum de profits en spéculant sur le riz, le maïs et le blé, et appelle à mettre fin à cette pratique inhumaine.
- Soutenir l'agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire : Il met en avant le rôle essentiel de l'agriculture familiale, longtemps dépréciée puis réhabilitée par opposition au modèle agro-industriel, et appelle à soutenir les mouvements paysans qui luttent pour la souveraineté alimentaire.
- Promouvoir la désobéissance créatrice : Il s'inspire de figures comme Vandana Shiva, qui prône une désobéissance créatrice face aux multinationales et aux politiques destructrices de l'environnement.
- Réduire le gaspillage alimentaire : Il soutient les initiatives visant à lutter contre le gaspillage alimentaire, comme les amendements votés en France qui interdisent à la grande distribution de jeter ses invendus.
- Construire une société post-extractiviste : Il appelle à dépasser le modèle extractiviste, basé sur le pillage des ressources naturelles de la planète, et à construire une société soucieuse du climat et des peuples.
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